SCÈNE PREMIERE ANTONIA, ALFRED
Ils sont assis à une table de jeu qui occupe le milieu de la scène.
ANTONIA
Quarante de bésigue. Vous entendez. Je marque quarante de bésigue. Prenez une carte. Prenez donc une carte. Jouez, n'est-ce pas, ou allez-vous-en.
ALFRED, jetant ses cartes.
Vous avez raison, Antonia, je m'en vais, (n se lève
et va prendre sa canne et son chapeau ; revenant près d' Antonia qui s'est levée à son tour.) Antonia ?
ANTONIA, passant devant lui et se dirigeant vers la porte de gauche.
Au revoir, mon ami.
ALFRED Où allez-vous ?
ANTONIA
Vous le voyez, je passe dans ma chambre à coucher.
ALFRED Attendez, que diable, je vais partir.
ANTONIA, s'arrêtant.
Partez.
ALFRED, (après un mouvement de mauvaise humeur, il dépose sa canne et son chapeau sur la table de jeu et se rapproche d'Antonia.)
Je ne vous comprends pas, ma chère Antonia. J'arrrive, vous me faites une scène ; la scène m'impatiente, vous me mettez au bésigue ; le bésigue m'ennuie, vous me renvoyez.
ANTONIA
C'est votre faute. Pourquoi êtes-vous venu si tard, quand je ne vous attendais plus ?
ALFRED
Il me semble, ma chère Antonia, que j'ai bien le droit de venir ici à l'heure qui me plaît.
ANTONIA
Le droit ! Le droit ! Vous ne parlez jamais que de votre droit ! Je ne me suis pas engagée avec vous à ne voir personne et à n'aller nulle part.