SCÈNE SIXIÈME
-cle à héritage ; voilà longtemps que vous l'avez perdu ?
ARTHUR, embarrassé.
Longtemps, non. Depuis cinq, six mois.
ANTONIA
Ah ! depuis cinq, six mois. Je me souviens en effet d'un deuil que vous avez porté bien légèrement. C'était le sien ?
ARTHUR C'était le sien.
ANTONIA
Pourquoi ne m'avez-vous pas dit la vérité alors ?
Yeux-tu que je la dise aujourd'hui ? Je prévoyais bien ce qui arrive et que nous nous mettrions ensemble, mais je n'étais pas encore décidé. J'avais peur de m'emballer, là.
ANTONIA, à part.
Emballer !
ARTHUR
Je suis sincère, tu vois.
ANTONIA
Très sincère ! Emballer ! Qu'est-ce qu'il vous a laissé, votre oncle ?
ARTHUR, embarrassé.
Qu'est-ce qu'il m'a laissé, mon oncle ?
ANTONIA
Oui, votre oncle... Robinet, qu'est-ce qu'il vous a laissé ?
ARTHUR
Eh ! eh ! Cent cinquante mille francs.
ANTONIA
Mettons deux cent mille, n'est-ce pas ?
ARTHUR
Oui, ça se montera peut-être à deux cent mille
francs.
ANTONIA
Deux cent mille francs ! C'est gentil ! C'est une
somme !
ARTHUR
C'est une somme. C'est une somme, si on l'économise ; autrement on en verrait bientôt la fin.
ANTONIA
Sonnez Adèle, qu'elle m'apporte mes effets.
ARTHUR
Vous sortez ?
ANTONIA
Nous sortons. Nous allons là-bas. C'est bien le
moins que vous dépensiez quelques centaines de
francs de fleurs et de couronnes pour un homme qui
vous a laissé une fortune.
Elle se lève.
ARTHUR
Quelques centaines de francs, comme elle va !