SCENE DIXIEME
ARTHUR
Faisons la paix alors, et ne boudez plus pour un mouvement de colère que j'ai regretté aussitôt.
ANTONIA
Ne vous excusez pas, c'est inutile. Je ne désire pas d'explication. Je désire que vous me quittiez, que vous me laissiez seule. Mes heures de tristesse et de découragement sont à moi.
ARTHUR
C'est bien. Je vais partir. (Tirant un papier de sa
poche.) Tenez, serrez cette facture, j'ai passé chez votre modiste.
ANTONIA, après avoir inspecté la facture avec soin.
A l'avenir vous attendrez pour solder mes fournisseurs que je vous en donne l'autorisation. Avezvous appris quelque chose au moins chez ma modiste ?
ARTHUR
Appris quelque chose ?
ANTONIA
Oui ; vous n'avez pas essayé de la faire bavarder sur mon compte ?
ARTHUR
Sur votre compte ? J'étais beaucoup plus préoccupé du sien. J'aurais cru, Antonia, qu'une galanterie...
ANTONIA, se montant un peu.
Quelle galanterie ? Vous vous croyez bien galant
pour une méchante note que vous me rapportez acquittée. Je m'en moque bien, d'une note de plus ou de moins. Il ne manque pas de gens qui voudraient bien me payer, non pas une note, mais cinquante notes, toutes mes dettes.
ARTHUR
Elle m'ennuie. Ses dettes, son viager, on ne parle plus que d'argent ici.
ANTONIA
Apprenez, mon cher, à me connaître. Vous ne gagnerez rien avec moi à être jaloux et grossier, je vous en avertis. J'ai fait ce que vous avez voulu. J'ai congédié pour vous plaire un ami véritable, un homme comme il faut, un homme du monde, qui satisfaisait tous mes caprices et qui me témoignait une confiance absolue. Je ne l'ai jamais trompé...
ARTHUR Antonia !
ANTONIA
Je ne l'ai jamais trompé. Prenez modèle sur lui ou le contraire pourrait bien vous arriver.
ARTHUR
Mais le contraire... c'est bien ce que je demande... le contraire. Antonia, vous oubliez...
Je n'oublie rien monsieur, rien. Je sais ce que vous m'avez demandé et ce que je vous ai promis. Je ne ne vous ai pas promis de l'amour. L'amour est au-des-