SCÈNE QUATRIÈME
d'heure auprès d'une femme sans arriver aux compliments.
LAMBERT
Je n'y arrive pas, je m'y arrête.
MADAME CHEVALIER
C'est assez maintenant. Et puis ce n'est pas l'heure. Attendez que votre tante nous fasse danser chez elle, j'écouterai tout ce que vous voudrez, entre deux figures.
Elle retourne à la table et y fait quelques petits rangements. LAMBERT, qui est venu se placer derrière elle. Si l'on nous avait vus trinquer ensemble ?
MADAME CHEVALIER, après un mouvement de surprise. On le pouvait bien facilement.
LAMBERT Qu'est ce qu'on aurait pensé ?
MADAME CHEVALIER
On aurait ri peut-être. On aurait dit : Voilà des personnes qui ne se font pas de bile et qui trinquent dans le milieu de la journée.
LAMBERT
Croyez- vous ? Une femme si jeune et si jolie...
MADAME CHEVALIER
Je suis une ménagère.
LAMBERT
Qui reçoit si bien un homme... présentable.
MADAME CHEVALIER
Vous êtes un ami.
LAMBERT
On n'aurait pas soupçonné entre eux un bout de roman?
MADAME CHEVALIER, froidement.
On se serait trompé, voilà tout.
Il la quitte, se montre impatienté, prend une détermination et se rapproche d'elle.
Je me demande s'il faudra tomber à vos genoux pour que vous vous aperceviez de quelque chose.
MADAME CHEVALIER
C'est inutile. Je viens de vous comprendre. A quoi pensez-vous donc ? Je suis mariée. Je le suis depuis six ans sans que personne encore m'ait contrainte à le lui rappeler. Vous convoitez la femme d'un autre et vous rêvez d'intrigue auprès d'une mère de famille ! J'ai eu tort avec vous de ne pas prévoir ce qui m'arrive. J'aurais dû ne vous recevoir qu'à moitié et à distance. J'aurais dû me rendre compte de vos visites et ne pas me tromper sur tous ces compliments qui ne me paraissaient que prétentieux et fades. Nos relations, monsieur Lambert, s'arrêteront là. Je tiens à vivre avec tous ceux qui m'approchent en parfaite innocence, et je veux que dans leur conduite comme dans