SCENE NEUVIEME
Poussez-vous un peu pour me faire une place... (il se recule à peine.) PiUS loin.
LAMBERT
Je vais trop vite.
Pause.
MADAME CHEVALIER Quel âge avez-vous ?
LAMBERT, étonné, après un petit sourire.
Trente ans.
MADAME CHEVALIER
Pas plus ?
LAMBERT
Pas plus.
Trente ans. L'âge est bien. Votre santé est bonne ?
LAMBERT, même jeu.
Excellente.
MADAME CHEVALIER
Vous ne me trompez pas ?
LAMBERT
Je suis... très robuste.
MADAME CHEVALIER
VOUS possédez?... (Étonnement de Lambert, avec une
nuance d'effroi.) Je vous demande ce que vous possédez. Un. chiffre exact.
LAMBERT
Cent mille francs... et quelques petites choses.
MADAME CHEVALIER
Disons cent mille francs. En valeurs sûres et négociables ?
LAMBERT
En valeurs sûres et négociables.
MADAME CHEVALIER
C'est bien. Je ne parle pas de votre tante, ça viendra quand ça viendra. (Elle se rapproche de lui avec amitié ; il se recule avec une épouvante comique.) Monsieur Lambert,.
je vous ai trouvé une femme.
LAMBERT, stupéfait et accable.
Comment, madame, vous m'avez retenu...
MADAME CHEVALIER
Pour vous marier, oui. Il me semble que mon interrogatoire était très clair.
LAMBERT
Oh ! très clair assurément.
MADAME CHEVALIER
Et j'ajouterai bien naturel. .. après votre entrevue avec cette jeune fille.
LAMBERT Mais, madame...
MADAME CHEVALIER
Écoutez-moi. Est-ce que vous n'êtes pas las et honteux, à votre âge, de courailler encore comme un véritable gamin ? E>t-ce qu'en voyant à tous vos amis femme, enfants, maison montée, un intérieur enfin, vous ne faites pas une comparaison pénible entre leur existence et la vôtre ? Est-ce qu'il ne faut pas toujours en venir là. au mariage, sous peine de