SCENE QUATRIEME
d'hui pour faire fortune ; un coup de chien sur le Mobilier espagnol.
ARTHUR
Une succession suffirait.
ANTONIA
Oh ! les successions, on les attend toujours bien longtemps.
ARTHUR
Elles viennent cependant., tard, beaucoup trop tard..., mais elles viennent. Que penserais-tu d'une succession qui m'arriverait subitement, et où il y aurait pour deux personnes? Que ferions-nous ?
ANTONIA
Ça dépendrait de toi.
ARTHUR De moi seulement ?
ANTONIA
Qu'est-ce que tu me demandes? Qu'est-ce que tu veux savoir? Oui, enfant, oui, si tu pouvais me donner tout ce qu'il me faut, je te sacrifierais bien vite ma position.
ARTHUR
Est-ce bien vrai ? Me sacrifierais-tu ta position ?
ANTONIA A la minute.
ARTHUR
Ça se dit.
l6 LA NAVETTE
ANTONIA
Ça se fait aussi. Je ne rognonne pas, moi, Arthur, mais je ne suis pas toujours à la noce. Je voudrais bien vivre librement, à ton bras, toutes voiles dehors, sans cette tyrannie perpétuelle de l'autre, comme tu dis, qui est dans son droit après tout, et que je ne peux pas m'empêcher de plaindre ni d'estimer. Cent fois, mon ami, j'ai été au moment de le renvoyer. Je ne le fais pas, c'est pour toi, uniquement pour toi. Je me dis : Arthur n'est pas riche, mais il a besoin d'un peu de richesse autour de lui ; il aime mon luxe, il profite de mon confortable. Tu ne me comprends peut-être pas, Arthur, il n'y a que les femmes pour avoir de ces délicatesses-là.
ARTHUR, à part.
Cette situation ne peut pas durer plus longtemps.
ANTONIA Nous parlons là, mon ami, pour ne rien dire.
ARTHUR
Je m'aperçois, Antonia, que tu n'es pas heureuse, tu ne peux pas être heureuse, et de mon côté, crois-le bien, je souffre beaucoup aussi.
ANTONIA Bah!
ARTHUR
Il faut que je ferme les yeux sur bien des choses...
ANTONIA Lesquelles ?