‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 6 sur 85 · SCENE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

SCENE QUATRIÈME

ANTONIA

Sois gentil, mon Arthur, range cette table, serre ces cartes, que je ne les voie plus ! Allons !

ARTHUR, obéissant machinalement, à part.

Je fais le ménage... le ménage de l'autre.

Il ferme la table de jeu et la remet à sa place, près de la porte du fond, à droite. ANTONIA

Viens près de moi maintenant. A quoi penses-tu là ?

ARTHUR Je pense à nous... à nous trois.

Le sujet n'est pas plaisant, mon ami.

ARTHUR

Je trouve aussi qu'il n'est pas plaisant. Si c'est ce que tu appelles passer la journée ensemble, moi là, toi ici.... avec l'autre.

ANTONIA L'autre ! l'autre ! Plains-toi, je te le conseille.

ARTHUR Qu'est-ce que tu veux dire ?

ANTONIA

Rien. Je me comprends. Approchez, vilaine bête,

vous ne méritez pas toute la peine qu'on prend pour

vous. Quelle figure faites-vous à votre amie ? Une

risette... tout de suite... mieux que cela... à la bonne

heure.

ARTHUR

Tu m'aimes, Antonia ?

ANTONIA

Oui, je t'aime. Si je ne t'aimais pas, pourquoi te garderais-je ? Ce n'est pas pour ce que tu me donnes, n'est-ce pas ?

ARTHUR

J'attendais ce reproche.

Je ne te fais pas de reproche, mon ami; tu n'as pas le sou, ce n'est pas ta faute.

ARTHUR Je n'ai pas le sou.

ANTONIA

On sait bien que les jeunes gens ne roulent pas sur l'or ; mais j'en ai vu bien peu d'aussi panés que toi.

ARTHUR

Pané! Je suis pané ! (a part.) Cette situation ne peut pas durer plus longtemps. Antonia ?

ANTONIA Mon ami ?

ARTHUR

Qui sait, Antonia, je pourrais me réveiller demain avec de la fortune.

ANTONIA

Je ne dis pas non. Il faut si peu de chose aujour-

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