SCENE ONZIEME
LETOURNEUR
Je vais l'envoyer pendant quelque temps en Angleterre.
BLANCHE
Vous aurez raison.
LETOURNEUR
Voulez-vous que je l'appelle et qu'il vous fasse ses adieux?
BLANCHE
C'est inutile.
LETOURNEUR
A quoi pourrait-il vous être bon, mon fils ? Un enfant, qui ne sait rien, qui ne fait rien, qui serait demain sur le pavé, s'il ne m'avait pas là. Il ferait des dettes ? On ne va pas loin avec des dettes.
Tranquillisez-vous, je vous le répète. J'ai eu tort d'écouter M,. André, et de supposer, si peu que ce fût, qu'on pourrait nous marier ensemble. Mais brouiller un fils avec ses parents et leur causer des embarras, je n'y songe pas une minute.
LETOURNEUR
C'est bien. Je vous crois. Je serais là, du reste, si vous changiez d'avis. Je ne vous en veux pas. Chacun pour soi en ce monde. C'est André qui ne devait pas vous mettre des folies dans la tête. Vous vous seriez convenus l'un et l'autre, il aurait voulu vous acheter
quelques robes, un peu de linge, un mobilier même, il m'aurait trouvé. J'ai été jeune. Je le suis encore quelquefois. Mais le mariage, c'est une autre affaire, halte-là! (La poussant du coude.) La main sur la conscience, est-ce que je n'ai pas raison ?
BLANCHE Peut-être.
LETOURNEUR De quel pays êtes-vous ?
BLANCHE
Je suis Parisienne.
LETOURNEUR
Tant pis! Je n'aime pas beaucoup les Parisiens et les Parisiennes ; mauvaise graine presque toujours. Quel âge?
Dix-neuf ans.
Où étiez-vous avant d'entrer ici?
BLANCHE
Chez M. Akbar.
LETOURNEUR
Bonne maison. Pourquoi l'avez-vous quittée? Le gros Akbar, que je connais bien, aura voulu s'amuser avec vous. Où est le mal ? Ça pourrait bien me tenter aussi.