SCÈNE TREIZIEME
BLANCHE
AUGUSTE
BLANCHE
AUGUSTE
Oui.
Laborieux ?
Laborieux.
Et intelligent ?
BLANCHE Vous faites toujours très bien votre ouvrage.
AUGUSTE
Eh bien, ce n'est pas tout, mademoiselle. Il y a autre chose encore qui ne se voit pas et que je n'ai jamais dit à personne. Je suis dévoré par l'ambition, dévoré. Oui, mademoiselle. Je ne vis plus d'être chez les autres et de m'esquinter à leur service. Il faut que je m'établisse, quand je devrais manger tout ce que j'ai.
BLANCHE
Mais, Auguste, il s'agissait d'un mariage, m'avez-vous dit ?
AUGUSTE
Attendez, mademoiselle. Le mariage va venir. Un homme, n'est-ce pas ? ne peut pas tout faire dans une maison. Il a besoin d'une compagne qui le seconde, qui s'exprime bien, avec de jolies manières... Si de
son côté elle avait quelques économies, ça n'en serait que mieux.
BLANCHE Et cette personne, Auguste, vous l'avez trouvée?
AUGUSTE Oui, mademoiselle.
BLANCHE Je la connais ?
AUGUSTE Oui, mademoiselle.
BLANCHE Vous me croyez quelque influence sur elle?
AUGUSTE, souriant.
Elle fera ce que vous voudrez, c'est le cas de le dire.
BLANCHE Nommez-la.
AUGUSTE Mademoiselle Blanche Bienvenu.
BLANCHE, stupéfaite.
Moi !... moi !... moi !... (Elle le quitte.) Ah ! c'est pis que tout ! pis que tout!... Le voilà, le mariage qui m'attend et l'homme auquel je pourrais appartenir !
Brusquement elle va à une armoire, prend de l'encre et du papier et écrit sur ses genoux.