LE MAIRE, GROS-JEAN
LE MAIRE
Eh bien, Gros-Jean ?
GROS-JEAN Justin approche.
LE MAIRE
Ah ! Qu'est-ce qui s'est passé?
GROS-JEAN
Rien, Monsieur le Maire.
LE MAIRE Rien?
GROS-JEAN Rien.
LE MAIRE
Tabouret est ici ; les autres ?
GROS-JEAN Les autres sont restés chez eux.
LE MAIRE Vous n'avez rencontré personne ?
GROS-JEAN
Personne.
LE MAIRE Pas de cris, pas de pierres ?
GROS-JEAN Non, Monsieur le Maire.
LE MAIRE
Eh bien, Gros-Jean, nous en serons quitte pour la peur.
GROS-JEAN
Je ne sais pas si je dois dire à M. le Maire...
LE MAIRE
Allez donc, Gros-Jean, parlez donc.
GROS-JEAN
Lorsque Justin est arrivé à la Petite-Place, il a levé la tête ; on a ouvert une fenêtre et on lui a jeté un bouquet.
LE MAIRE
Un bouquet ! Vous êtes bien sûr ?
GROS-JEAN Oui, Monsieur le Maire.
LE MAIRE
Allons, bon! il reçoit des bouquets maintenant! Il est bien temps qu'il s'en aille. Qui est-ce qui demeure à la Petite-Place ? Ce bouquet-là ne peut venir que d'une femme ou d'un anarchiste.
Entre Justin, une pratique de petite ville ; il est inquiet et goguenard à la fois ; il tient de la main droite une valise et une queue de billard ; de la main gauche un bouquet.