SCENE XIV BERNARDIN, THÉODORE
BERNARDIN
Monsieur mon fils, vous allez me dire à l'instant qu'est-ce que c'est que Mme de la Richardière.
THÉODORE, surpris.
Mais je ne la connais pas.
BERNARDIN
Vous ne la connaissez pas. Vous ne connaissez pas. non plus la princesse Valentino?
THÉODORE
Pas davantage. Ecoutez-moi, mon père, je suis bien coupable, mais je suis innocent aussi, et il faudrait remonter jusqu'à l'histoire d'Œdipe pour trouver un pareil exemple de la fatalité. J'espère que votre fortune vous permettra de payer mes dettes ; épargnez-moi les créanciers, c'est assez des remords qui vont me poursuivre. L'Amérique est le pays ouvert aux consciences criminelles, je pars en Amérique. Vous voudrez bien me faire parvenir des moyens d'existence, je supporterai sans me plaindre les tortures de l'âme. Et quand je ne serai plus près de vous, mon père, en pensant à votre malheureux fils, vous vous direz quelquefois : Il expie les fautes • de ma jeunesse, il porte la peine de mon passé.
BERNARDIN
Mon passé ! Ma jeunesse ! Apprenez, monsieur,.
<que je n'ai jamais eu de jeunesse. Ah çà ! finirezvous par me dire ce que c'est que M,nc de la Richardière ?
THÉODORE
Je vous affirme une seconde fois que je ne connais pas cette dame.
BERNARDIN
Vous ne connaissez pas cette dame chez laquelle -nous sommes en ce moment.
Clarisse ! Clarisse Bertrand ! Votre...
BERNARDIN Elle se nomme Clarisse Bertrand ?
THÉODORE Oui, mon père. Vous l'ignoriez ?
BERNARDIN
Non monsieur, je ne l'ignorais pas. Et le mari -qu'elle a perdu à Magenta ?
THÉODORE
Elle n'a jamais été mariée. Vous ne le saviez pas ?
BERNARDIN
Si, monsieur, je le savais, et je sais aussi que c'est une intrigante.
THÉODORE Vous dites ?