ACTE DEUXIEME
HELENE
Ah ! que je maudis le jour où nous nous sommes rencontrés. Pourquoi avez- vous pris la rue où je passais plutôt qu'une autre ? Pourquoi vos regards se sont-ils croisés avec les miens ? Pourquoi m'avezvous suivie et retrouvée ? Pourquoi ! pourquoi ! Est-ce cjue ma liberté, mon honneur, ma vie m'appartiennent ? Puis-je les reprendre à mes parents pour vous les donner ? Vous qui exigez de moi une passion sans Téserves, avez-vous songé une seule fois au témoignage d'attachement que je pourrais vous demander ? N'êtes-vous pas maître de votre personne, et quand vous me montrez le néant du mariage, ne me forcezvous pas à penser qu'il serait la sanction de notre amour? C'est impossible, n'est-ce pas... oui, c'est impossible, et le sacrifice revient à celui de nous deux auquel il coûterait davantage. Non, non, mille fois non, la volonté de ma conscience triomphera de l'entraînement de mon cœur. Je vous aurai aimé sans faiblesse, sans honte, et vous savez pourtant si je vous aime ; j'ai été droit à vous comme à l'homme de mon choix et de ma destinée ; vos paroles ont enflammé ma solitude ; j'ai crié votre nom dans mes insomnies ; mais je ne serai jamais la maîtresse de celui •qui ne me veut pas pour femme, et, s'il faut vous suivre ou vous perdre, je vous perdrai. (Elle tombe sur
le canapé, affaiblie par l'émotion et poussant de douloureux soupirs. Le comte la regarde sournoisement et se dirige vers çlle. Au moment où il va lui prendre la main, elle se relève impétueusement.) Ne m'approchez pas ! Ne m'approchez pas !