‹ Théâtre completChapitre 132 sur 235 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

DE LA ROSERAiE, après avoir posé le pistolet sur le bureau.

Il a raison, cet homme ! il a osé me dire ce que penserait le premier venu, ce que j'ai pensé moi-même. Me voici arrivé à cette heure sinistre, où les expédients sont finis, les bourses fermées, les dévouements épuisés ou stériles. Il faut acquitter de sa personne ses désordres et ses méfaits. Le monde attend de moi une détermination courageuse qui soit l'expiation de mon passé et le rachat de ma mémoire... Fuir! je pourrais fuir encore! Promener ma misère et ma honte ; baisser le front pour gagner du pain ; échapper à la loi écrite et retrouver partout le jugement des hommes, jamais ! (il tire la lettre et la relit.) « De nouvelles et dernières démarches ont été faites auprès de la personne en question, qui ne peut pas suspendre plus longtemps le cours des choses. Désintéressez votre adversaire ou mettez-vous en route avant demain. » Demain la justice entrera dans ma demeure, elle me saisira sous les yeux de ma femme et de ma fille et avant un mois la peine des faussaires me sera appliquée. On fouillera tous mes livres, on mettra à nu tous mes a^tes, et ce qui n'était que des calomnies sans fondement deviendra des accusa-

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tions vérifiées. Je ne serai plus là, la tête haute, l'esprit audacieux, appuyé sur les apparences de la richesse ; je serai dans un cachot , écrasé et tremblant, poursuivi par l'insulte et les huées, et jusque sous les larmes des miens je retrouverai l'expression du mépris public. Allons !

Il marche précipitamment vers le bureau et saisit le pistolet. — Mnie de la Roserave entre.

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