‹ Théâtre completChapitre 134 sur 235 · ACTE DEUXIEME 2IÇ · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME 2IÇ

suis pas si terrible qu'une confidence puisse vous effrayer ; elle vous soulagera au contraire et je vous serai reconnaissante de me l'avoir faite.

DE LA ROSERAYE

N'insistez pas, je vous le répète. Vous me prieriez inutilement ; je ne dirai rien.

Vous me devez, Henri, l'explication que je vous demande ; je l'attends et je la veux. En vcus confiant autrefois ma dot, qui devait à tout hasard être la dot d'Hélène, j'ai acquis sur la gestion de vos affaires des droits réguliers. C'est la première fois que je vous les rappelle. Je n'ai pas voulu troubler votre prospérité passagère par une réclamation d'intérêt, j'ai eu tort; vous m'auriez accusée peut-être de me venger de votre abandon... en vous coupant les vivres; mais j'aurais fait mon devoir, et aujourd hui l'avenir de ma fille, la sécurité de ma vieillesse ne se trouveraient pas compromis par les désordres d'un libertin.

DE LA ROSERAYE, fondant en larmes.

Ah ! tu ne sais pas combien tu es cruelle !

MADAME DE LA ROSERAYE

Parle alors. Mais parle donc. Est-ce que je ne souffre pas aussi ? Est-ce que je ne pleure pas comme toi ? Une minute de calme et de r. flexion vaudrait mieux que toutes tes larmes et les miennes. Sois franc, sois-le jusqu'au bout, et, si tu manques de courage, je te donnerai l'exemple de la fermeté et de la réso-

lution. Où en sommes-nous? Que nous reste-t-il? Qu'as tu perdu ?. . . Tout ?

DE LA ROSERAYE Tout !

MADAME DE LA ROSERAYE

Que vas-tu faire ?. .. Cette fortune qui paraissait si belle à voir ton train et tes dépenses ne s'est pas écroulée en une heure. Ces bénéfices qu'on croyait si grands ne se sont pas envolés tout à coup. Un homme prévoyant a dû se ménager des ressources, se créer des appuis..., supprimer à l'avance toutes les causes de trouble et de gaspillage. Je vais te le dire ce qu'il faut faire... et d'abord jure-moi que tu ne reverras pas une seule fois, une seule minute, cette Mn,e de Varennes.

DE LA ROSERAYE Jeanne !

MADAME DE LA ROSERAYE

Oh ! je ne suis plus jalouse, va. . Oublie cette créature, frivole et perverse, indigne de toi, elle a égaré ta vie et désolé la mienne. Renonce à ce monde de dissipateurs et de femmes perdues qui me renvoient un vieillard à la place de l'homme charmant que j'ai connu et adoré... Ah ! je te maudirais si sur les ruines de ta maison, seul appui de ta femme et de ta fille écrasées à tes pieds, tu te préoccupais encore d'une société honteuse, qui ne se souviendra pas de toi demain, lorsque nous, nous cacherons nos blessures pour cicatriser les tiennes ! Mais non, non, le passé est bien mort, n'est-ce pas? Je retrouve le mari digne

Page 1