‹ Théâtre completChapitre 135 sur 235 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

et honorable que je n'ai pas cessé d'aimer. Tu as pu croire un moment aux complaisances de tes compagnons de table et de folie ; mais tu sais bien que l'affection véritable, le désintéressement, les tendresses profondes habitent dans des cœurs plus nobles, dans des âmes plus pures, et tu me reviens ! C'est là notre gloire à nous et notre consolation, (pause.) J'ai tout dit sur ce chapitre et je ne t'en reparlerai jamais. Dès ce jour, sans délai, sans hésitation, tu entreprends la liquidation complète de tes affaires en même temps que nous te chercherons une position paisible et régulière qui convienne à ton âge et à ton mérite. Nous allons quitter cet appartement où j'ai tant souffert, congédier les domestiques, réduire au plus bas mot nos dépenses. Tu regretteras d'abord les habitudes anciennes, et Hélène aussi ; mais ce changement d'existence fera sur ta fille une impression salutaire. En te voyant plus régulier , plus calme, plus heureux, elle comprendra que le bonheur n'exige pas tant de choses, et moi je serai soulagée des peines secrètes que me causent son amour du luxe et les extravagances de sa cervelle.

DE LA ROSERAYE

Que veux-tu dire ? Hélène a été élevée richement sans doute, elle a pris des habitudes élégantes et dispendieuses, mais qu'une jeune fille perd sans danger lorsqu'elle a de bons instincts et l'esprit pur. Jugerais-tu ta filleautrement et la croirais-tu capable de manquer aux exemples d'honneur et de vertu que tu lui as donnés ?

MADAME DE LA ROSERAYE

Oh! quels soupçons, Henri!... Dieu me préserve d'en avoir jamais de semblables sur mon enfant. J'ai voulu dire seulement qu'Hélène ne trouve d'autre prix à l'existence que celui que lui donne la richesse. C'est de toi qu'elle tient ces besoins de luxe et de somptuosité ; c'est à toi maintenant à lui donner un autre exemple et de plus sages habitudes.

DE LA ROSERAYE

Ecoute-moi à ton tour, Jeanne. Oui, j'ai été léger, oublieux, cruel ; je t'ai négligée et affligée ; mais je garde encore intact le souvenir de nos jeunes amours et le respect de tes vertus admirables. Quant à Hélène, un autre père l'eût élevée plus sagement peut-être, il ne l'aurait pas aimée plus tendrement. Toutes deux vous avez été toujours les premières dans ma pensée, et, lorsqu'il m'arrivait de déserter ma maison, je savais au moins qu'elle était habitable pour les femmes chéries et honorées que j'y laissais.

MADAME DR LA ROSERAYE

Ne reviens pas sur le passé, mon ami, il est oublié.

DE LA ROSERAYE

Laisse-moi tout dire. Mes charges étaient lourdes ; elles exigeaient de grands efforts et de grands succès. Je comptai d'abord sur mon intelligence, sur mon travail, sur ma probité même ; je me montrai délicat en affaires, généreux avec les hommes ; mais je m'aperçus bientôt qu'ils me traitaient comme un adversaire, quand je les considérais comme des asso-

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