ACTE TROISEME
vous adresser à elle sans faux orgueil. L'orgueil véritable consiste à faire face à ses engagements, dont le premier a été toujours de payer son terme... J'ai l'honneur de vous saluer... PINSON, entrepreneur de maçonnerie et propriétaire. »
LE BARON
Gardez cette lettre, chère madame, pour la montrer à M"ft Hélène qui la lira avec plaisir Vous aurez remarqué le passage où ma nièce m'offre si gracieusement une habitation chez elle. Que voulez-vous ? Je suis bien où je suis ; j'ai mes petites habitudes et je me trouve trop vieux pour me déplacer.
MADAME DE LA ROSERAYE
Vous savez mieux que moi, monsieur le baron, ce que vous avez à faire; il me semble pourtant qu'en vous retirant auprès de votre parente, vous trouveriez des affections et des soins qui doivent vous manquer quelquefois.
LE BARON
Indépendant j'ai vécu, indépendant je mourrai. Et à ce propos, je m'étonne un peu de l'empressement que vous paraissez mettre vous-même à aliéner votre liberté et celle de votre grande fille. Vous allez partir en Touraine, bien ; vous vous trouverez chez les gens que je viens de vous dire, qui auront pour vous toute la considération que méritent vos vertus et vos malheurs, très bien ; mais cette position nécessairement sérieuse, triste même, qui peut convenir à votre âge et assure, il est vrai, votre tranquillité personnelle, M"° Hélène l'accepte t-elle sans répugnance
et sans regrets ? Elle est jeune, c'est-à-dire enjouée, rieuse, un peu frivole ; enfin elle a l'avenir devant elle. A sa place, je l'avoue, je préférerais me créer une situation indépendante, dans un pensionnat par exemple, et rester à Paris, ce centre si commode, si libéral, unique au monde, où l'argent, quoi qu'on dise, ne tient pas toujours la première place. Avant peu, Mlle Hélène rencontrerait un brave et honnête garçon, un commis ou un artiste, que sais-je, qui s'estimerait très heureux d'épouser une bonne petite fille, sans dot, il est vrai, mais aimable et bien élevée.
MADAME DE LA ROSERAVE
Je pense entièrement comme vous, monsieur le baron, et ma fille pourrait vous dire que ces sages conseils lui ont été donnés déjà sans réussir auprès d'elle. Hélène n'est pas tout à fait l'enfant que vous supposez. Dans les premiers mois qui ont suivi la mort de son père, elle a montré une douleur et un recueillement an-dessus de son âge. Nous avions pris un appartement fort modeste où les journées devaient lui sembler bien pénibles et bien longues, surtout lorsque j'étais obligée de la laisser seule pour paraître dans les affaires de succession de mon mari qu'elle doit ignorer toujours. L'état relativement calme où ma fille était d'abord ne dura pas. Elle redevint tout à coup plus agitée et plus véhémente que par le passé Je crus comprendre qu'après avoir épuisé sa douleur, elle faisait sur elle-même et sur sa situation un retour bien naturel et dont elle était épouvantée. J'essayai alors de lui donner plus d'espoir dans l'avenir, plus de confiance en elle-même, et un jour où je