ACTE TROISIEME
HELENE
Est-ce bien elles qui le repoussent ou lui qui s'en éloigne ?
LE BARON
Mais l'un ne ferait pas plus son éloge que l'autre.
HÉLÈNE
Je sais que les comédiennes ne sont pas de son goût.
LE BARON
Aussi ne recherche-t-il que des aventurières.
HÉLÈNE
On dit qu'elles ont plus de cœur que les autres.
LE BARON
Leur cœur a donc bien peu de prix qu'elles le placent si mal.
M. de Rivailles est un héros.
LE BARON
Les héros comme lui ressemblent beaucoup à des chenapans.
HÉLÈNE, fièrement.
J'aime le comte de Rivailles ; son honneur est le mien.
Le baron, interdit d'abord, regarde fixement Hélène, qui se trouble, rougit et détourne la tête.
LE BARON
Je suis un vieillard, mon enfant, qui peut tout entendre et tout excuser ; mais de pareilles fautes doivent rester dans l'ombre où elles ont été commises. On ne les cache pas sans honte, on ne les avoue pas sans audace. (Hélène pleure.) Pauvre fille !
HÉLÈNE
Oui, oui, pauvre fille, égarée par l'amour et pour qui l'amour n'a que des larmes.
LE BARON
Vous avait-il fait quelque promesse ?
HÉLÈNE
Quelle promesse pouvais-je lui demander, sinon qu'il me respectât ?
LE BARON
Et vous parle-t-il maintenant de réparation?
M'auriez-vous conseillé de le revoir? Je ne suis pas de ces femmes qui prennent leur parti d'un outrage.
LE BARON
Mais vous me paraissiez me dire d'abord...
HÉLÈNE
Assez ! assez ! Ne me forcez pas à l'avilir pour me justifier.