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ACTE TROISIÈME

mégarde sans doute, des souvenirs néfastes. L'histoire de nos guerres civiles est-elle donc si ancienne qu'on puisse présenter ses enseignements sans rappeler aussi ses victimes, et ne vaudrait-il pas mieux au contraire oublier ces combats fratricides, condamnés à l'heure qu'il est par les uns et par les autres ? Je connais les ouvriers, j'ai vécu au milieu d'eux, je suis un ouvrier moi-même. Eh bien ! toutes ces comédies révolutionnaires qui se jouent au nom du peuple, le peuple n'y croit plus. 11 en a assez des changements qui ne changent rien ; il sait maintenant ce que valent les principes de tribune et les constitutions en papier ; il en a fini avec les politiciens, les avocats, les ambitieux de toute sorte, qui l'exaspèrent sans profit plutôt que de le servir utilement. Des écoles plus nombreuses, des impôts plus rationnels, des salaires plus équitables, voilà ce que l'on demande aujourd'hui ; mais ce n'est pas tout, nous demandons aussi la liberté, parce qu'une nation sans liberté, c'est une femme sans honneur.

LES OUVRIERS Vive Pauper !

Michel s'approche des conseillers avec lesquels il s'entretient à voix basse en même temps que les ouvriers se retirent.

LE COMTE, au baron.

Qu'avez-vous donc ?

LE BARON

Ne le voyez-vous pas? Je suis ravi de tout ce que je viens d'entendre, émerveillé de tant de sagesse et de fraternité. Ici se trouvent des travailleurs paisi-

bles, sensés, reconnaissants ; ils ont pour chef un homme sorti de leurs rangs qui les secourt par ses œuvres et les honore par ses lumières. Quel exemple et quel progrès ! Le peuple, après mille siècles d'esclavage...

LE COMTE, l'arrêtant.

Ménagez-moi, monsieur le baron, après une heure de démocratie. Que de morgue ont ces précepteurs de faubourg ! J'aime mieux la colère des femmes, elle est plus sincère et plus amusante.

Tant pis pour vous, si vous avez pu rire des paroles de MUo de la Roseraye ; leur violence était légitime, elle n'a pas un mot à rétracter. Les reproches qui vous ont été faits ne partaient pas moins d'un cœur blessé que d'un esprit honnête.

LE COMTE

Oui, oui, je l'ai bien remarqué comme vous ; cette jeune fiile a véritablement de fort bons principes, un fond très réel d'innocence et de moralité.

LE BARON Après?

LE COMTE

Après ? Peut-être ne serait-elle pas une maîtresse aussi agréable que je le croyais.

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