SCÈNE PREMIÈRE MADAME DE LA ROSERAYE, HÉLÈNE
Au lever du rideau, Hélène, en robe de mariage, est assise sur un canapé. Mrae de la Roseraye, à l'une des portes du fond, fait des signes d'adieu à des gens qu'on ne voit pas.
MADAME DE LA ROSERAYE, descendant en scène.
Mon Hélène est une belle fille qui n'a qu'à le vouloir pour plaire à tout le monde ; je parierais bien qu'en ce moment les amis de Michel le félicitent de la bonne grâce et de la tenue parfaite de sa femme.
HÉLÈNE
Vous êtes contente de moi ?
MADAME DE LA ROSERAYE
Oui, chère enfant, très contente de toi, et bien
heureuse aussi de ce mariage. Je ne me repentirai jamais, j'en suis sûre, d'avoir triomphé de tes hésitations. L'affection si profonde et déjà ancienne de Michel est une garantie pour ta mère que tu conserveras toujours le cœur de ton mari. Ses qualités sont de celles qui font les bons ménages et les femmes heureuses ; sa situation s'améliorera encore en même temps que ses travaux prendront plus d'importance ; le voilà sur la route de la fortune et des honneurs. A moins de rester vieille fille, pouvais-tu trouver un parti qui te convînt davantage ? Il n'est pas jusqu'à tes velléités de grandeur que tu satisferas tout à ton aise dans le cercle de tes nouvelles connaissances, où tu vas trôner comme une petite reine.
HÉLÈNE
Que vous êtes bonne de penser pour moi à tant de choses! Je vous aime, ma mère, je voudrais vous ressembler. Je me rends compte en vous écoutant de l'infériorité de mon esprit, qui saute toujours d'un extrême à l'autre et d'exagération en exagération. Vous croyez peut-être qu'en me décidant à me marier sur vos instances, j'ai calculé à part moi les avantages de cette résolution. Il n'en est rien. Aisance, plaisirs, vanité, que m'importe ! Aujourd'hui moins que jamais, ce qu'on est convenu d'appeler le bonheur ne saurait me satisfaire, et si les joies de la vie m'avaient plus préoccupée que ses devoirs, il m'aurait fallu alors des satisfactions immenses, toutes les. impétuosités de la passion, une liberté sans bornes. — Pardon ! ce que je vous dis là vous éton-