ACTE QUATRIÈME
MICHEL, revenant près d'elle, pas à pas. Donne ta main que je la couvre de baisers. Donne! Donne! (Elle lui donne la main.) Je t'adore, créature fière et pudique. (Mouvement d'Hélène.) Je voudrais me prosterner à tes pieds et respecter ton innocence, si la contemplation pouvait suffire à l'amour. — Mon ange, tu as rougi comme une rose! — Remets-toi, remetstoi.
HÉLÈNE
Pauvre homme ! Son erreur me fait honte !
MICHEL, à quelques pas d'elle.
Tourne les yeux de mon côté. (Elle le regarde.) Estce la beauté de tes yeux qui m'enchante ou la franchise de tes regards?
HÉLÈNE, allant à lui vivement.
Je suis très heureuse de vous entendre dire que vous m'aimez. Parlez-moi de votre tendresse, mais oubliez mes perfections.
MICHEL
Laisse-moi tout te dire, et au terme de mes peines, que je puisse contempler librement ta personne adorée. Tu es belle comme une image, avec tes formes si pures et tes grands yeux honnêtes. Jamais je ne te verrai assez pour satisfaire mon cœur. Œuvre parfaite que je profane en la touchant. Fleur précieuse tombée entre mes mains grossières. Sois indulgente, mon enfant, c'est le jour et la nuit qu'on a mariés ensemble, mais quel homme serait digne de t'approcher !
HELENE
C'est assez. Ne me parlez plus ainsi. Une adoration semblable ne s'adresse qu'à ma personne, je ne lademande ni ne la mérite. Vous me désoleriez plus que je ne puis vous dire, si je pensais qu'en m'épousant, vous ayez recherché les attraits d'une jeune fille plutôt que les qualités de la femme ; je me suis rendue pour ma part à l'attachement d'un homme réfléchi que les considérations les plus sérieuses du mariage devaient préoccuper avant tout.
MICHEL
Chère Hélène, plus grave encore que touchante, et plus chaste que belle, tu es bien telle que je te jugeais ! — Ouvre ce médaillon. Que contient-il ?
Un diamant.
Regarde encore. Je ne me dédis pas.