ACTE QUATRIÈME
dant et n'admirons encore qu'une création de laboratoire. Je sais ce que ce diamant unique m'a coûté d'efforts et de travaux, mais pour en produire des milliers semblables, je ne devrai ni ménager mes peines ni calculer avec le temps. Hélas ! l'esprit dans ses conquêtes va moins vite que le cœur dans ses espérances. J'avais rêvé, mon Hélène, que le jour de ton mariage, une parure de ces diamants s'ajusterait à ta couronne d'orangers, et ces fruits de la science unis aux fleurs de la vertu auraient rayonné sur ton front comme le double symbole de la vie humaine ! — Te voilà toute sotte.
HÉLÈNE
En effet, j'admire la puissance de votre esprit et la pureté de votre nature.
MICHEL Te moques-tu ?
Vous interprétez bien mal mes pensées ; jamais elles n'ont été plus sérieuses ni meilleures pour vous.
MICHEL Parle alors.
HÉLÈNE
Quelle fatalité gouverne donc la vie ! Pourquoi le hasard, maître de nos destinées, les réunit-il si tardivement ? Vous devriez vous plaindre de son injustice et moi reconnaître son indulgence.
MICHEL Que veux-tu dire ?
HÉLÈNE
Je vous trouve bien modeste dans vos succès, bien généreux dans vos affections. Un homme comme vous, d'une intelligence droite et supérieure, devait-il rechercher une enfant comme moi, si capricieuse et si légère ?
MICHEL
Oui, tu es bien une enfant pour ignorer ce que tu. vaux, pour oublier ce que je te dois. Qu'étais-je avant, de te connaître ? Un bohémien... . presque un vagabond. Je faisais comme tant d'autres, qui ne manquent pas d'énergie, mais de conduite. Je battais le pavé de Paris, mécontent, besoigneux, rompu jusqu'aux os, et la stérilité de mes labeurs me jetait dans les consolations les plus grossières. Je te vis et je fus sauvé. Ta fierté réveilla la mienne ; tu étais harmonieuse, je devins ordonné ; je m'élevai pour te conquérir et l'idole de mes yeux fut la patronne de ma vie.
Quelle femme apprendrait sans émotion qu'elle était aimée ainsi, dans un coin obscur, par un homme vaillant dont elle inspirait les travaux ; association idéale de deux êtres, glorieuse pour l'un, fortifiante pour l'autre... et dont les bienfaits me mériteraient votre indulgence, si j'avais été coupable envers vous.
MICHEL, souriant.
Coupable ?
HÉLÈNE
"N'insistez pas.