‹ Théâtre completChapitre 166 sur 235 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

MICHEL

Confesse-toi.

HÉLÈNE, à part.

Je voudrais le pouvoir.

MICHEL

Je te devine et je t'attendais là. N'est-ce pas l'ancien temps auquel tu penses, mes premières visites qui te reviennent, et tu regrettes aujourd'hui toutes tes cruautés d'autrefois. Comme tu me recevais alors ! Quel intrus, quel gueux, pensais-tu, avait-on laissé t'approcher ! A peine me regardais-tu par-dessus l'épaule, et sans pitié pour mes efforts, tu m'accablais de tes dédains.

HÉLÈNE

Mon ami.

MICHEL

C'est le défaut, vois-tu, des jeunes filles, de préférer ce qui est reluisant à ce qui est sincère, et de sourire à la chance plutôt qu'au mérite. Un million les étonne, un titre les éblouit ; il leur faut des héros avantageux comme elles. Aveuglement sans péril et sans durée. A peine sont-elles mariées, ces jeunes filles, leur intelligence s'éclaire, leur cœur s'engage ; on les croyait romanesques, les voilà réfléchies, et toutes les tentations de la vie brillante s'effacent devant les prestiges de la vie sérieuse.. Patience, travail, droiture, motsvulgaires, dont elles découvrent la noblesse cachée. Savoir, talent, renommée, mots éloquents, ceux-là, qui leur rappellent la grandeur véritable. L'homme n'est plus ce passant dont elles

admiraient les chevaux ou les armoiries, mais un compagnon doux et sûr qui leur confie son nom, sa dignité et sa tendresse. Alors, émues et subjuguées, elles veulent payer leur bienvenue en donnant un gage de leur conscience, et elles s'accusent comme d'une grande faute de quelques railleries innocentes qu'on leur a pardonnées depuis longtemps. Oui, un autre peut-être aurait douté de ton cœur et de ta raison ; un autre t'aurait jugée frivole, insensible..., vicieuse, et il serait retourné, le malheureux, à son logis désert, plutôt que d'exposer l'honneur du lit conjugal. Mais moi, mon Hélène, épris de tes grâces éclatantes comme de tes vertus secrètes, aussi sûr de l'avenir que du passé, certain de ta loyauté comme de la mienne, je me suis mis à genoux pour obtenir ta main et je t'ai menée en triomphe dans ma maison.

Honte ! honte !

Qu'as-tu ?

Rien.

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