ACTE PREMIER
bonnes gens qui voient un monstre derrière leur loupe. Je suis calme, madame, et je poursuis. Je vous demande votre main, qui est libre pour moi sinon pour les autres. Votre mari est mort, je le remplace. Votre foyer est en poudre, je vous offre le mien. Vous êtes seule, troublée et chancelante, appuyez-vous. Jamais reine d'Orient, reçue par un pâtre dans sa cabane, ne trouva plus de respect et d'adoration que je ne vous en montrerai moi-même, le jour où, jetant vos chaînes, franchissant les murailles, écartant les fantômes, vous viendrez à ma rencontre en me disant : Me voici î
EMMA
Je vais vous répondre, sans faire de coquetterie avec vous et sans me scandaliser de votre proposition. Il y a quelque temps, je l'avoue, j'aurais été mieux disposée pour l'entendre ; mais des raisonnements plus complets m'ont ramenée dans une voie plus sûre, où il ne tiendra qu'à mon mari de me fixer. Depuis mon mariage, j'ai beaucoup observé le monde ; il a des compromis qui me révoltent ; il a des jugements que je redoute. Les femmes sacrifiées doivent tenir bon jusqu'à la dernière heure, placées entre l'hypocrisie dans l'inconduite ou la déchéance dans les aventures. J'entends ma belle-mère qui vient nous interrompre fort à propos.