ACTE DEUXIÈME
mille Sainte-Croix des relations qui datent de bien loin déjà, mais que je n'ai pas oubliées.
Ces souvenirs, madame, me sont aussi présents qu'à vous-même. Il ne manque qu'une personne pour en prendre sa part. Si ma mère arrivait en ce moment, jugez de sa satisfaction, de la vôtre et de la mienne.
ANTOINETTE
Est-elle toujours aussi faible pour vous, votre mère ? Je me souviens qu'autrefois vous n'aviez qu'un mot à lui dire à l'oreille et ce qui était noir devenait blanc aussitôt.
EMMA
Ma belle-mère est à Paris, madame, mais nous ne devons pas nous mettre à table sans elle. Si je pensais que vous ne fussiez pas attendue...
ANTOINETTE
Je suis attendue en effet. Je remettrai le plaisir de voir Mme de Sainte-Croix à une autre visite et cette fois je la ferai plus longue. Adieu, madame ; on m'avait dit que vous étiez charmante et je pourrai le répéter maintenant.
(Elle se dirige vers la porte ; Raoul et Emma font quelques pas avec elle.)
AUGUSTE, annonçant.
M. de la Rouvre.
ANTOINETTE, rentrant en scène, épouvantée.
Mon mari !
Qu'avez-vous donc ?
ANTOINETTE
Passe devant moi, je t'en prie.
RAOUL
Devenez-vous folle.
ANTOINETTE
Oh ! Si tu m'aimes, Raoul, protège-moi contre cet homme.
RAOUL
Mais tenez-vous, tenez-vous !