SCÈNE IV EMMA, MADAME DE SAINTE-CROIX
MADAME DE SAINTE-CROIX
Eh bien ! ma chère Emma, il s'est passé de jolies choses en mon absence.
EMMA
En effet, madame, et vous ne paraissez pas vous rendre compte de leur gravité. Mon mari a amené sa maîtresse dans le domicile conjugal, c'est un cas de séparation, cela.
MADAME DE SAINTE-CROIX
Dites que celte créature est bien venue toute seule, et que Raoul, dans la crainte d'un esclandre, n'a pas osé la jeter dehors. Que vous soyez blessée de vous être commise avec une rien du tout, je le comprends sans peine ; mais c'est un petit mal pour un grand bien. Raoul a jugé maintenant la jeune personne; il ne lui rendra pas sa visite, je vous prie de le croire. (Changeant de ton.) Mon fils est désespéré ; je serais désolée comme lui si vous donniez trop d'importance au scandale de cette journée. Apaisez-vous et venez nous retrouver tout à l'heure, plutôt que de rester dans votre chambre avec le souvenir d'une coquine ; c'est trop d'honneur que vous lui faites.
EMMA
Je viens de vous écrire, madame, une lettre que je o-arde encore, où j'ai consigné les différences de notre caractère et la nature de mon esprit, si étranger au vôtre. En me croyant sous l'impression de cette femme que j'ai déjà oubliée, vous montrez une fois de plus la distance de nos sentiments.
MADAME DE SAINTE-CROIX
Donnez-moi cette lettre, ma chère Emma.
EMMA
Souhaitez plutôt, madame , de ne la recevoir jamais.
MADAME DE SAINTE CROIX
Est-elle si terrible