ACTE TROISIÈME
des règles déterminées. Mon mari ne me l'a pas permis. Il n'est plus, à mes yeux, qu'un pavillon neutre dont il faut se couvrir ou se dégager.
Ce que je préférerais, je le sais. Me séparer, dignement, sans éclat ; mais mon mari, ou plutôt sa mère, n'y consentira jamais. Un procès m'épouvante ; que d'histoires, pour le perdre peut-être. Partir alors ! Ah ! partir ! que de choses dans ce mot ! Amour, épanouissement, fantaisie ! Mais c'est se déshonorer en s'affranchissant !
Ah ! que les hommes sont heureux ! Leur destinée est libre ; leurs forces indépendantes ! Ils ont tous les privilèges, ceux de la pensée et ceux de l'action ! Ils ne s'épuisent pas comme nous dans des combats intérieurs où notre vie entière est engagée et qui n'ont pour objet que l'amour. L'amour, une déchéance pour nous et pour eux un titre de plus. Art, science, philosophie, politique, toutes les voies leur sont ouvertes. Ils écrivent, ils parlent, ils enseignent. Ils conduisent de grandes affaires ou soutiennent de grandes luttes. Ils donnent leur sang pour leur pays, et ce sacrifice à certaines heures est si solennel que les plus humbles, en tombant héroïquement, sauvent l'honneur d'une nation !
On monte l'escalier, qu'y a-t-il encore ? Ma bellemère doit être couchée depuis longtemps, je ne vois plus de lumière chez elle. La voiture est toujours là ; mon mari l'aura commandée bêtement et oubliée de même. Quelqu'un se promène devant ma porte.
La porte s'ouvre ; Raoul paraît.