ACTE DEUXIÈME
CHEVILLARD Non, je ressors.
MADAME BERTRAND
Où allez-vous ?
Je vais jouer au bésigue et parler politique.
MADAME BERTRAND
Alors vous êtes bien pressé ?
CHEVILLARD Pourquoi ?
MADAME BERTRAND
Vous n'avez pas le temps d'apprendre une nouvelle et de me rendre un service ?
CHEVILLARD
Voyons-là, votre nouvelle, quoique je ne m'attende pas de votre part à une indiscrétion diplomatique. Quant au service, madame Bertrand, c'est autre chose ; tel que vous me voyez, je marcherais à l'échafaud pour l'humanité, mais je ne ferais pas un pas pour mes semblables.
MADAME BERTRAND
Vous m'écoutez ?
CHEVILLARD Oui.
MADAME BERTRAND
Vous savez bien que j'ai une fille ?
l6 L'ENFANT PRODIGUE
CHEVILLARD
Sans doute. Je l'ai vue longtemps ici, et puis je l'ai rencontrée dans le monde. Comment l'appelez-vous ?
Je l'appelle comme elle s'appelle, Clarisse Bertrand.
CHEVILLARD
Ah ! Eh bien ! votre fille, elle se marie ?
MADAME BERTRAND
Non... Elle se repent !
CHEVILLARD
Bah!
MADAME BERTRAND
Oui, elle se repent. Il l'a abandonnée !
CHEVILLARD Qui?
MADAME BERTRAND
Son séducteur. (Chevillard rit.) Il l'a plantée là, avec une saisie sur le dos. J'ai dit à ma fille : Laisse ta défroque aux hommes de loi, c'est assez bon pour eux, et rentre à la maison,
CHEVILLARD
Elle a accepté ?
MADAME BERTRAND Je l'attends d'une minute à l'autre.