ACTE DEUXIEME
CHEVILLARD
C'est parfait ! Vous donnez peut-être un bal à cette occasion ; votre fille a toujours aimé la danse.
Non, m'sieu Chevillard, je ne donne pas de bal, mais j'ai du monde à dîner. Il me reste encore quelques achats à faire, et vous seriez un homme bien aimable de me garder ma loge un petit moment.
CHEVILLARD
C'est un poste de confiance que vous m'offrez là.
MADAME BERTRAND
Et puis ne vous gênez pas ; si vous voulez manger la soupe avec nous, c'est offert de bon cœur.
CHEVILLARD
Excellente madame Bertrand, je craindrais que ma présence ne fût déplacée dans cette petite fête de famille.
MADAME BERTRAND
Non, non, c'est tout de braves gens, pas fiers. Il y aura Éloi, le parrain de Clarisse, qui est concierge au numéro douze ; M. Rosier, le concierge de l'hôtel la Richardière ; et puis le concierge de la maison de ma fille ; il a toujours été très complaisant pour elle.
CHEVILLARD
Une assemblée de portiers ! Sois bon prince, Chevillard, voilà le moment de faire une étude de mœurs
et d'économiser un dîner. J'accepte votre invitation à une condition.
Laquelle ?
Vous me placerez près de vous à table.
MADAME BERTRAND
Grand blagueur ! J'en valais bien une autre de mon temps, le père de Clarisse en a su quelque chose. Je m'en vas ; si vous vous ennuyez trop, vous trouverez, le Petit Journal dans la commode.