ACTE DEUXIÈME
VINCENT
Je l'ai vu quelque part, celui-là.
CHEVILLARD
Le père Vincent me reconnaît.
VINCENT
Où avez-vous votre loge ?
CHEVILLARD
Ma loge !... Non, mon ami, non, je ne suis pas ce que vous pensez, je suis homme de lettres.
VINCENT
Homme de lettres ! Vous connaissez mon fils ? Il est homme de lettres aussi. Il va, le petit, il compose déjà des chansons pour les marchands de nouveautés. Il a fait celle du Pauvre Aveugle.
Il chante.
Allons au Pauvre Aveugle, Dessus le boulevard.
MADAME BERTRAND
Tiens, tiens, voilà bien des choses pour monsieur Chevillard.
CHEVILLARD Pour moi ?
MADAME BERTRAND
Vous n'en avez jamais tant reçu.
Elle lui remet le paquet apporté par Théodore et sa carte.
CHEVILLARD
« Théodore Bernardin. » Connais pas. Ah ! Mon-
télimart, Delaunay, j'ai bien eu tort de lui emprunter de l'argent, il était homme à s'en souvenir un jour ou l'autre. (Lisant). « Cher monsieur, » c'est bien ça. « Permettez-moi de me rappeler à votre souvenir et de réclamer de vous un léger service. J'ai retrouvé dernièrement le portrait d'une personne dont le nom m'échappe, mais que ma position d'homme marié ne me permet pas de garder plus longtemps. Obligezmoi d'en faire la restitution à ladite personne. Si un aimable hasard... » Il arrive à la question d'argent ; l'aimable hasard, c'est la mort du marchand de bois. « Si un aimable hasard vous amenait à Montélimart. demandez l'étude de maître Delaunay. Elle est sise au bord de l'eau, une allée de tilleuls y conduit ; c'est cette maison élégante et discrète, où une jeune femme allaite son enfant d'une main, et de l'autre joue une symphonie de Beethoven. Là habite un sage et un homme heureux. Informez-moi, S. V. P., du résultat de cette affaire. » Tartufe ! Mademoiselle Bertrand, vous ne reconnaissez pas vos anciens amis.
CLARISSE, allant à lui.
Bonjour. Et Agathe ?
CHEV1LLARD
Elle m'oublie !... Sais-tu de qui est cette lettre ?
CLARISSE
Non.
De Delaunav.
CHEVILLARD
CLARISSE Bah ! Pense-t-il toujours à moi ?