ACTE TROISIÈME
Agathe, on peut causer avec cette femme-là, elle a reçu de l'éducation. Je suis heureux aujourd'hui. (Tirant un portrait.) C'est une faiblesse, mais je suis heureux. Voilà cinq ans que je le lui demande. Elle m'a dit d'abord qu'elle l'avait perdu dans un déménagement; elle m'a dit ensuite qu'elle l'avait donné à sa sœur ; ça, c'était vrai ; elle le lui a redemandé pour moi. Ah ! mon Agathe, comme je t'aime ! (n embrasse le portrait.)
THÉODORE, il entre avec agitation.
Chevillard, qu'est-ce que tu penses des lettres anonymes ?
CHEVILLARD
La lettre anonyme, Théodore, elle a un grand tort à mes yeux.... c'est de n'être jamais chargée ; jamais chargées, les lettres anonymes... Et que te disait celle que tu as reçue ?
THÉODORE
On m'indiquait une maison où je devais voir entrer Clarisse.
CHEVILLARD
Clarisse sort d'ici.
THÉODORE
Elle était ici, à deux heures ?
CHEVILLARD Oui, mon ami.
THÉODORE
Ah ! Clarisse, et moi qui t'ai soupçonnée !
Il6 L'ENFANT PRODIGUE
CHEV1LLARD
Tu as reçu une autre visite en ton absence.
THÉODORE
Celle de Lecoq?
CHEVILLARD Non, devine.
THÉODORE, moitié sérieux, moitié plaisant.
Papa?
CHEVILLARD
Comme tu y vas ! J'aurais pris quelques précautions pour te l'annoncer. Delaunay, le notaire.
THÉODORE
Ah ! Il est à Paris. Il vient revoir son Amanda. Tu Tas connue, toi, Amanda?
CHEVILLARD Un peu.
THÉODORE
Ça n'était pas grand chose, n'est-ce pas ? (Chevillard ne dit ni oui ni non.) Une créature dans le genre d'Agathe probablement. Clarisse, voilà une femme !