ACTE QUATRIÈME
CLARISSE, même jeu.
Vieux bêta ! (Haut.) Le hasard, monsieur, fait de bien singulières choses ; vous voilà dans mon salon sans me connaître, et je ne sais pas encore la première lettre de votre nom.
BERNARDIN, embarrassé.
Oui, madame, oui... en effet... je ne suis pas moins surpris que vous de me trouver où je suis... On pourrait croire que je fais un voyage d'agrément.
CLARISSE
Prenez garde ! Ces fadeurs auraient été supportables il y a une heure, en chemin de fer ; mais nous sommes ici chez moi... Et d'abord, qui ai-je l'honneur de recevoir ?
BERNARDIN, balbutiant.
Oh ! madame, l'honneur n'est pas bien grand..., un provincial..., presque un campagnard..., Azincourt... M. Azincourt, du département du Calvados. Et puisje vous demander à mon tour ?
CLARISSE
Qui je suis ? Convenez que vous êtes bien impatient de le savoir... Hélène de la Richardière... née Château-Landry.
Une Château-Landry ! Il y a, madame, un vieux général qui porte ce nom.
CLARISSE
Le général, c'est mon oncle, (à part.) Pourquoi a-til quitté le Calvados ?
BERNARDIN, à part.
Si Mme Bernardin me voyait dans le grand monde !
CLARISSE
Vous allez me trouver bien curieuse, si je vous demande ce qui vous amène à Paris. Vous êtes peutêtre ici pour quelque concession de chemin de fer?
BERNARDIN
Non, madame, non, mon voyage à Paris a été décidé par deux causes bien différentes. D'abord un -chagrin privé.
CLARISSE Ah!
BERNARDIN-
Oui, un véritable désastre de famille.
CLARISSE
Pauvre monsieur ! Et vous venez recueillir un héritage ?
. Un héritage ! Pas précisément. Je voudrais, en second lieu, me rappeler à des personnes influentes, quoique j'aie bien perdu toute confiance en leur appui. Je suis ambitieux.
CLARISSE Comme cela se trouve ! J'adore les ambitieux !