ACTE QUATRIÈME
BERNARDIN
J'avais pensé, madame, que trente années de services administratifs et des mœurs exemplaires me désignaient pour la première charge de ma commune. Je vous l'avoue, je ne voudrais pas mourir sans avoir •été fonctionnaire.
CLARISSE Continuez.
BERNARDIN
En politique, ai-je besoin de vous le dire, madame ? je suis de ceux qui soutiennent toujours ce qui existe... jusqu'à ce que ça tombe. Les gouvernements ont changé, mes convictions sont restées invariablement les mêmes. Elles peuvent se résumer en •ces mots : à l'intérieur, fonctionnement régulier de l'amortissement ; à l'extérieur, équilibre européen.
CLARISSE Après ?
BERNARDIN
Après? Mon Dieu, madame, je vais peut-être bien vous surprendre, mais je n'ai rencontré que des gens qui se sont moqués de moi.
C'est bien mal à eux. Voulez-vous me confier vos intérêts ?
BERNARDIN A vous, madame ?
CLARISSE
Oui, et je ne vous demanderai qu'un bouquet pour la peine.
BERNARDIN
Un bouquet ! Cent bouquets! Eh quoi! madame, vous consentiriez à mettre en lumière ces certificats, bons témoignages et références, en tout cent quinze pièces diverses.
Il tire un dossier volumineux et le donne à Clarisse.
CLARISSE
Elles sont en bonnes mains ; mais vous n'oublierez, pas mon bouquet. Je ne suis pas ambitieuse, moi, je n'aime que deux choses au monde : les fleurs et les diamants.
BERNARDIN, enchanté.
Les fleurs et les diamants ! Ne vous paraîtrait-il pas convenable de joindre à ces cent quinze pièces une cent seizième pièce qui résumerait les cent quinze autres ? Je ferai ce que vous voudrez.
CLARISSE
C'est inutile. Il suffira qu'on trouve dans ce dossier votre nom et celui de votre commune.
BERNARDIN, à part.
Diable ! (haut.) Il faut, madame, que je vous fasseune petite confession.
CLARISSE Parlez.
BERNARDIN
Vous serez charitable ?
CLARISSE Je m'y engage.