‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 14 sur 114 · ACTE PREMIER 3e · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER 3e

l'abbé Comment voulez vous que je ne le devine pas ? Je prends ma part de tout ce qui arrive dans, votre famille, ma part de bonheur et ma part de chagrin. (Le duc fait un signe cf intelligence à Vahhé qui comprend et reprend sa voix énergique.) Et surtout qu'elle ne vous sente pas faitlir !

C'est cela surtout.

LA DUCHESSE

Je ne demande pas mieux... mais qu'appelezvous ne pas faiblir ?

l'abbé

Atteignez-la de suite dans toutes ses petites manies, atteignez-la principalement dans sa coquetterie... et dans cet amour d'elle-même qui a été sa caractéristique et qui est peut-être la cause de tout. Faites comme je l'ai vu faire au couvent ; il n'y a pas de punition plus efficace... Certes, elle sera humiliée, agacée de se voir ravalée au rang de petite fille insubordonnée, mais ce n'en sera que mieux.

LA DUCHESSE

Quoi ?

l'abbé

Eh bien, supprimez l'arsenal de sa coquetterie,. tout ce qui a été sa perdition, tout ce luxe disproportionné de femme. Plus de belles robes, plus de parures, plus de ces colifichets, plu;^ de bijoux ! Tout cela, confisqué I Que la manucure soit remplacée par une petite prière du matin... et surtout^ tenez, un moyen, qui va vous coûter, mais qui est d'abord un beau geste symbolique. Ce sera pour

elle un petit deuil, une humiliation significative.. J['ai vu employer cette pénitence avec efficacité... Coupez-lui les che\eux à ras d'épaule.

LA DUCHESSE, se levant en sursaut.

Quoi ?... Monsieur l'abbé... y pensez-vous ? Ses beaux cheveux dont elle est si fière !... Mais, d'abord, j'aurais peur de la défigurer... Le coiffeur qui venait les soigner tous les deux jours !...

LE DUC, haussant les épaules.

Tenez ! Voilà ma femme ! Quand je vous le disais. Monsieur l'abbé ! Dès le premier essai de répression !... C'est lamentable ... quelle puérilité I

l'abbé

Allez, allez. Madame, ce n'est pas encore le couteau d'Abraham ! Et il n'y aura pas besoin d'un ange pour retenir votre bras... Ce léger crime ne vous sera pas compté dans le ciel !... Puis, ce que ij^'en dis !... Croyez bien que de telles pénitences n'ont qu'une importance bien secondaire dans l'occasion... (Il lui reprend les mains.) A tOUt à l'heure. Je pars navré, et je ne puis, sur le seuil, m'empêcher de me rappeler la parole de l'Evangile : « Ne scandalisez pas les enfants. » Je ne sais pas de crime plus méprisable !... Ah ! la pauvre petite !...

la DUCHESSE

A ce soir, Monsieur l'abbé. Nous ne comptons désormais que sur vous.

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