ACTE PREMIER
à merveille, c'est un couvent en Belgique, à Lodelinsart ; je connais très bien la supérieure, une personne de grand mérite. Ce sont des personnes qui ont l'habitude... des sortes d'épouilleuses d'âmes. Pris à l'improviste, je ne puis vous dire au juste s'il y a mieux, mais je vais consulter l'autorité épiscopale. Si vous le voulez, je puis y aller de ce pas, et dans deux heures je vous rapporterai une réponse, cai le temps presse. Je crois qu'il ne faut pas laisser cette chère enfant, escompter votre faiblesse. Il faut tout de suite frapper son esprit et la mettre en présence d'une résolution qui l'éclairé sur la gravité de sa faute. Et vous. Madame la duchesse, dans \os rapports avec elle, je ne réclame pas l'attitude du châtiment, mais l'expression même de votre indignation douloureuse. Comprenez-vous ? Frappez cette imagination égarée par un acte important, décisif, et surtout austère... sinon elle est peut-être perdue.
LA DUCHESSE
Qu'en pensez-vous, m du ami ?
LE DUC, qui a donné à plusieurs reprises des signes d^ assentiment et ponctué de « bien » les paroles de Vabbé.
Moi !... Parbleu, c'est la sagesse même ! La confiner dans une solitude où elle puisse re^^enir de son égarement, et où mourra jusqu'au souvenir de cet homme !... Je redoute tout... Monsieur l'abbé a parfaitement raison, nous ne pouvons pas trouver un meilleur guide ni un meilleur conseil.
Vous ne pouvez pas en trouver im de plus dévoué, en tout cas. Monsieur le duc. Si vous me confiez la garde morale de la chère petite, je
3o LA VIERGE FOLLE
crois que vous pouvez tenir pour assuré que nous vous la rendrons avec un état d'âme extrêmement modifié et qu'elle saura désormais au moins se rendre digne de son nom, de ses parents, avant qu'on lui trouve un mai i digne d'elle-même.
LE DUC
Ob ! cela !... n'en parlons même plus, hélas !
D'ailleurs, de loin comme de près, vous aurez sur elle toute l'action désirable,* vous ne la perdrez pas de vue ; vous pourrez même la faire voyager utilement de temps en temps avec un chaperon... Voyons, parons au plus pressé ! Je vais courir aux renseignements I J'ai interrompu un exercice à Reuilly, en ce moment il est nécessaire que j'y retourne quelques instants, mais je serai de retour bientôt après être passé à l'archevêché... Je ne veux voir Mademoiselle Diane à aucun prix en ce moment ; il faut que la décision, si vous la prenez, pour qu'elle ait de l'efîet, émane de votre autorité personnelle... Puis aussi je vais télégraphier à la supérieure du couvent de Lodelinsart... oh 1 à mots couverts... à mots couverts, rassurez- vous I
LE DUC
Allez, Monsieur l'abbé, je vous y autorise ; ne prononcez pas notre nom, à l'heure actuelle. Voilà tout.
l'abbé
C'est entendu. Allons, Madame la duchesse, maintenant, du courage dans l'épreuve.
LA DUCHESSE
Vous ne pouvez pas savoir quelle brisure est la mienne.