ACTE PREMIER
DIANE
Je ne parlerai pas ! Qu'on me laisse, qu'on me laisse !
Maintenant, assise, elle s^accoude à la table, et appuie la tête, nerveusement, à Vécharpe que froissent ses mains.
LE DUC
Une nuit... tu viens de spécifier ce chiffre... Veux-tu prétendre, par là, ne plus avoir renouvelé cette honte.
Oui, c'est ça.
DIANE
LE DUC
Tu mens ! tu mens ! Ces papiers portent des dates... Regarde, regarde bien ça... si tu oses jeter les yeux, devant nous, sur ces témoignages cyniques... Pas de doute possible. Cette lettre date de deux mois... à Paris... Hein ! Es-tu convaincue de ton mensonge ? Et ça ? lis... c'est le bouquet !... tiens... ces mots infâmes... Ah ! tu les gardais, ces précieuses lettres, tu avais trop peur de t'en séparer... n'est-ce pas ? Et, d'après ses lettres, on juge des tiennes ! Il y en a des extraits d'ailleurs... Une où tu lui demandais des détails amoureux !.., Tu n'es qu'une ordure, une fille !... et tu ne seras plus jamais que ça, une fille I... Quelle saleté, ces souvenirs étalés,ces rappels de votre manège... jusqu'aux descriptions complaisantes de ton corps ! Tiens ! (Il lui met une lettre sous les yeux.) Ceci, cette phrase : « Tai toujours dans Voreille, sur la bouche^ tes petits soupirs d'oiseau. » Quel écœurement ! Lire cela de sa fille ! . . . Et ceci ?... je n'ai pas compris... A quelle malpropreté cela doit-il encore faire allusion ?
DIANE, repoussant la lettre.
Je ne me rappelle plus.
LE DUC
Tu ne te rappelles plus, tu ne te rappelles plus ?
// lève la main sur elle, LA DUCHESSE, se précipitant,
Amédée ! Je vous en prie !
LE DUC
Tu ne vas pas avoir l'aplomb de me dire que vous ne vous êtes pas retrouvés la nuit, ici ou ailleurs, rar, que voudrait dire cette phrase : « Je te regardais danser ce soir chez Madame de Bel- Unes; ta robe te pressait délicieusement la gorge et ton cher petit corps tiède semblait gainé dans le bas comme celui d'une sirène... Et il me semblait que f allais crier dans un orgueil triomphal à tous ces gens : — Ce corps que tous em'ient du même regard^ il est à moi seul Ten suis le maître^ et demain je... » ( Il s'' interrompt, maîtrise son émotion et sa colère un instant, et, la voix brève :) Il y a « demain )\ Tu ne nieras donc pas... Allons... où vous rencontriezvous ? Ici, peut-être... Pourquoi pas ? Peut-être as-tu eu le front de le faire venir ici la nuit et de descendre entr'ouvrir la porte de l'hôtel. Ce voyou-là en était bien capable ! Réponds ! Laisse encore tes ongles tranquilles, je te prie, aie une attitude convenable devant ton père. . ou prends garde !
LA DUCHESSE, intervenant doucement,
Dianette, je t'en supplie, sors de ce silence ; nous avons le cœur brisé par toi Tu ne comprends donc pas que c'est très mal, ce silence que tu