ACTE PREMIER
ajoute à ta dégradation, et que cela ne peut pas durer ..
Diane, à bout de lutte, fait un geste de résignation. DIANE
Eh bien, si on veut que je raconte, ça m'est égal après tout !... Que voulez-vous savoir ?... Allez ?... je donnerai tous lesdétails... questionnez-moi.
LA DUCHESSE, cherchant à V aider ^ Oui, ma fille, réponds... A-t-il abusé de toi et de ta naïveté? T'a-t-il fatiguée de ses assiduités?... et à force, peut-être...
DIANE
C'est à Dinard qu'il m'a parlé. Il m'a dit qu'il m'aimait depuis plus d'un an et qu'il ne pouvait plus vivre sans moi...
LE DUC
Et à cela tu as sans doute répondu de suite... que ?...
DIANE
Rien.
LE DUC
Pour cette fois-là... Pour les autres ?
DIANE
Rien non plus.
LE DUC
Rien toujours... Soit. Admettons ! Mais enfm, à la deuxième ou à la vingtième fois, comme tu voudras, alors... qu'as-tu fait ?
DIANE
J'ai pleuré.
LE DUC
Vraiment 1 C'est beaucoup d'innocence ! Si tu
4o LA VIERGE FOLLE
en étais restée aux larmes !... Et que signifie alors cette histoire de bain à laquelle il est fait allusion deux ou trois fois ?
DIANE
Oh I c'est peu de chose... Ça ne signifie rien d'important.
LE DUC
C'est-à-dire ?... Veuille préciser, pendant que nous y sommes !
C'est parce qu'un jour, nous revenions de la promenade à cheval par les falaises, à midi, lui et moi, nous avons arrêté les chevaux sur la plage pour regarder la mer... alors, il m'a dit : « Vous ne vous baignerez pas aujourd'hui ? Vous laissez passer la marée ? « Alors, j'ai piqué vers ma cabine... Il n'y a^'ait personne à cette heure-là sur la plage. Quand je suis sortie de la cabine, il a attaché les chevaux, puis il m'a dit : « Etendez-vous sur le sable, au soleil, pour que la mer vienne vous prendre petit à petit. » Alors, je l'ai fait ; je me suis étendue, et lui, il est resté loin, sans rien dire, à regarder venir la mer sur moi... Ce n'est que lorsque les vagues ont commencé à m'emporter, je voulais me relever, il a dit : « Non ! laissez-la vous prendre. » Je l'ai fait... les vagues sont venues... je suis partie avec elle... Voilà... c'est tout...
Silence.
LE DUC
Et relativement à cette nuit de septembre, où tu es allée, prétends-tu, dans sa villa ? Ça me paraît bien invraisemblable, cette histoire-là I Comment aurais-tu choisi justement un jour où nous nous levions à cinq heures du matin, ta chambre donnant sur celle de ton frère ?