ACTE PREMIER
MADAME ARMAURY, qui retrouve assez dUnergie pour se redresser.
Monsieur, je crois au contraire que, devant de pareilles paroles, un tel accès de démence... je n'ai qu'à me retirer... Mon mari est là pour vous répondre.
Non, Madame !... Et je ne peux pas lui demander raison !... C'est bien ce qu'il y a de pire !... Mais j'ai des volontés à dicter. Nous aurons la main, vous et moi, Madame, à ce qu'elles soient tenues, j'en réponds ! Allons donc, ne faites pas tellement l'étonnée ! Votre responsabilité envers nous est aussi engagée, car vous étiez nos amis intimes, vous connaissiez la valeur et la moralité de votre mari...
MADAME ARMAURY, rejetant son manchon sur la table. Monsieur, je vous somme de vous expliquer !... Vous prononcez les paroles les plus abominables... et devant sa femme... je ne sais comment vous
osez...
LE DUC
Votre mari a déshonoré ma fille, entendez-vous !
MADAME ARMAURY, dans un cri terrible d^ indignation.
Ce n'est pas vrai ! Ce n'est pas vrai !... vous mentez ! C'est efîroyable de me dire des choses pareilles I... Une preuve!... une preuve!...
LE DUC
J'en ai mille. Allons, ne tergiversons plus, lisez cela, vous serez fixée...
Il lui tend une lettre. Elle la lit. Ses mains s^agitent. Un grand temps. Elle ne dit plus rien. Et puis, elle parle, à mots vagues... sans voix... dans une sorte d'hébétude.
too LA VIERGE FOLLE
MADAME ARMATJRY
Quelle horreur !... Jamais je n'aurais cru une pareille chose de lui... Oh ! le misérable I... 'Oh ! «comme je vous demande pardon 1 Vous qui aviez été si bons, si amis pour noias !... Quelle horrible «chose, mon Dieu !
LE DUC
Faites de cet homme ce que vous voudrez, mais •qu'il disparaisse de notre vie, entendez-vous, à tout jamais... que jamais il ne cherche à revoir ma fille, même un jour, que pas une fois je n^ le retrouve sur mon chemin... veillez-y. Madame, "veillez-y, si vous tenez encore, si peu que ce soit, 'à la peau de ce misérable individu, et «i vous sur- 3montez le dégoût qu'il nous inspire à tous.
MADAME ARMAURY
Oh ! cela, je m'y engage de tout mon pouvoir. Je vous certifie, quoi qu'il advienne maintenant •de mon existence personnelle, que jamais votre fille ou vous-même ne vous trouverez en présence de Monsieur Armaury. J'en fais mon affaire. Il ne manquerait plus que cela L.. Malheureusement, pour le mal accompli, il n'y a pas de réparation possible... (Ses yeux ont V air de fouiller désespérément tout un passé.) Comment a-t-il osé une pareille chose ?
LE DUC
Vous dites juste. Madame : de réparation, il n'y <en a pas.
LA DUCHESSE
Non... Notre chère petite Dianette ! Si vous ^saviez, si vous connaissiez les détails ! C'est tm <crève-cœur qui s'étendra sur toute notre vie.
MADAME ARMAURY
Oh ! comme je vous plains ! Je ne puis vous cer