‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 30 sur 114 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LA DUCHESSE

En Belgique ou en Angleterre.

A l'étranger ? Et quand est-ce que j'irai au couvent ?

Ses narines frémissent, ses mains s'agitent. LA DUCHESSE

Tout de suite. Tu partiras dans vingt-quatre heures. Tu as besoin de ce recueillement et de cet éloignement de la vie passée qui t'a perdue.

DIANE

Dans vingt-quatre heures ! Mais, voyons, maman, c'est impossible ! D'abord, nous avons promis de dîner chez les de Bellines, dimanche prochain... on donne ce dîner pour nous... Et puis, il y a la soirée des Dupuy ; nous ne pouvons pas ne pas y aller !

LA DUCHESSE, stupéfaite.

Ah ça !... mais tu es inconsciente ou folle, Dianette ! Tu ne te rends pas compte !... Tu en es encore là ! Ah ! bien ! si c'est là ton état d'esprit, par exemple I Non ! non ! plus de dîners, plus de monde !... Tu partiras dans vingt-quatre heures.

DIANE

On ne va pas m'enterrer deux ou trois ans, dans un couvent ! Je n'ai plus l'âge !

LA DUCHESSE

Oui, inutile de nous rappeler que tu n'es plus, hélas ! une enfant ; mais tu as encore l'âge où l'on doit l'obéissance, et nous te le montrerons. DIANE, au comble de Vémoi et ne refrénant plus une rage épeurée.

; Non ! faites de moi ce que vous voudrez... je

6o LA VIEKGE FOLLE

promets tout ce qu'on voudra, mais ne me mettez pas au couvent ! Je ne veux pas aller au couvent !

LA DUCHESSE

Ah ! c'est ainsi ?... Ton père aVait bien deviné ta résistance ! Non, Diane, plus de monde, plus de flirt, plus de toilette, plus rien de tout ce qui a été ta perte. (Elle a Vair de se rappeler les objurgations et les conseils de Vahbê.) D'abord, donne-moi tes bijoux... tu ne devrais plus les porter... je te confisque les bagues...

DIANE, haussant V épaule.

Oh î cela, tant que vous voudrez !... C'est ça qui m'est égal !... Tiens, voilà toutes mes bagues... tiens, prends mon sautoir aussi... mon collier. Elle les enlève et les jette sur la ta'ble. LA DUCHESSE

Et ne compte pas avoir au couvent d'autre trousseau que le trousseau des pensionnaires. Etonnée de cette menace inopinée^ Diane regarde sa mère fixement.

DIANE

Pourquoi me dis-tu ça ? Et en quoi veux-tu que cela me gêne ?

LA DUCHESSE

Ça se gâte, Dianette, ça se gâte !

DIANE, entre les dents.

Ce n'est pas ce qui me privera, allez !

LA DUCHESSE

En effet, ce n'est pas cela qui te privera... Je le redoute, en effet, mais ce sera pour toi une forme de discipline et c'est la discipline qui t'amènera peut-être un jour au repentir et aux idées religieuses qui t'ont quittée, hélas ! (Elle rassemble ses

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