ACTE DEUXIEME
DIAT^E
C'est grand, ton appartement!
Tu vois, cette pièce à droite... A côté, une cuisine, près de l'escalier de service... et puis une autre pi«ce ici, qui me servait de salon d'attente. Il ouvre à gauche la porte du salon.
DIANE
Ta garçonnière, en somme... c'est ici que tu recevais tes bonnes fortunes.
ARMAURY, presse que Ketty ait fini son transport.
Oh ! non, ma chérie, non... Il était absolument nécessaire pour mon métier d'avocat, que j'eusse un grand cabinet installé d'une façon centrale ; la santé de ma femme, à la suite d'une fausse couche, avait nécessité l'achat d'un petit hôtel à Neuilly : nous avons continué à respecter cet état de choses. J'ai toujours trouvé bon, d'ailleurs, que ma vie privée et ma vie d'affaires fussent tout à fait séparées. Ce qui peut te donner l'apparence d'une garçonnière, c'est cette cour discrète de vieil hôtel qui me sépare du quai... C'est là, dans ce cabinet, au milieu de tous les livres choisis pour le recueillement, pour l'étude et la rêvasserie, que j'ai passé quelques années d'un bonheur triste. (Ketty a enfin disparu et a refermé discrètement la porte. Il étreint Diane.) Ma femme î Je suis si profondément ému !... Et toi, ton calm« m'épouvante... Tu es là, aussi douce, aussi souriante que s'il s'agissait d'une partie de plaisir, d'une de nos anciennes promenades...
DIANE
Qu'est-ce qu'il y a d'effrayant ? Je suis heureuse...
Elle lui prend la main et l'applique à son cœur pour lui en montrer les battements mesurés.
Oui. Il bat comme à quinze ans. Maintenant, assieds-toi. Il faut que je te parle. L'auto ne viendra pas avant quelques minutes... assieds-toi.. Il est encore temps de réfléchir. Dianette, dans une heure, il sera trop tard. Tu peux encore rentrer chez toi... il est temps... oui, oui, ne proteste pas... Laisse-moi te demander de réfléchir, toi qui viens si ingénument me faire le don entier de ta vie, avec cette formidable inconscience de la jeunesse.
DIANE
Aurais-tu peur ? Me refuses-tu ?
ARMAURY
Ne dis pas de folies ! C'est pour toi que je frémis, c'est la responsabilité que je prends envers l'être que j'aime le plus au monde... As-tu bien pesé, dans le silence, la conséquence de ta résolution, mon enfant ?
DIANE
Oui, Marcel.
ARMAURY
Peut-être pas, Dianette, peut-être pas autant que tu le crois !... Ce que tu vas rayer d'un coup, ce sont des années d'une vie qui aurait peut-être été heureuse, banalement, d'une existence honorée. Te satisferas-tu d'être ma maîtresse, de vivre à l'étranger, où nous serons confinés jusqu'à ta majorité ; et, ta majorité venue, quand l'irrépa-