ACTE DEUXIÈME
rable sera accompli, ne jetteras-tu pas un regard de regret désolé sur tout ce que tu auras quitté ? Mon enfant, mon enfant, comprends-moi... Ce n'est pas de toi que j'ai peur, ce n'est pas de toi que je me défie, c'est de moi.
DIANE
Comment, de toi ?
ARMAURY
La yie que je t'apporterai en échange pourrat-elle toujours te satisfaire ? Nous serons pendant longtemps im couple qui ne vivra que de luimême ; par conséquent c'est dire que tu ne vivras que de moi. Quelle responsabilité effarante, ma grande petite fille adorée !... Je t'assure, au lieu de ce voyage de Tantale, j'ai bien envie, quand l'auto va ronfler à la porte, de te remettre doucement ton petit manteau de spleeping sur les épaules, de te réépingler ton chapeau sur la tête, de t'embrasser bien gentiment, bien longuement, sur le front, et puis, après une tape sur la joue, de dire : « Adieu, Dianette... Faut rentrer chez toi. »
DIANE
C'est fini ?
Oui et non.
ARMAURY
DIANE
Marcel chéri, j'ai réfléchi à tout... et à bien d'autres choses. Ça ne se voit donc pas dans mes yeux, ça ne se voit donc pas dans la façon dont je te prends la main ?... Je viens à toi, comme tu dis, et je te donne ma vie entière... Fais-en ce que tu voudras... Tu parles, je crois bien, d'un sacrifice de ma part !... Je ne t'en fais aucun... Du moins, c'est si peu de chose, en comparaison de ce
que tu sacrifies, toi... et, de ça, tu n'en parles même pas... La vie qui m'attendait m'assomme à l'avance, et il n'y a pas de bonheur comparable à celui de vivre à tes côtés, avec toi, toujours... Le reste m'est tellement égal, va I... Nous pourrions vivre des années en wagon, ou fixés dans des endroits les plus baroques, tout m'est indifférent, si je suis « madame toi ». Je n'ai aucun mérite, c'est par égoïsme. Et puis, tu ne vas pas me forcer à te faire des déclarations d'amour sur une malle !... plutôt entre deux valises, car en fait de mal 'es !... (Elle lève un index grave sur le visage de Marcel.) Pauvre petit Marcel !... Tu n'as pas besoin de me faire ces yeux ronds... En fait de sacrifices, il n'y a que les tiens... ils sont grands... C'est toi qui fais le mauvais marché.
ARMAURY, lui mettant la main devant la bouche.
Chut ! Dianette !... Tu sais ce que je t'ai dit à ce sujet : c'est une muraille pour toi... Il ne faut pas regarder par-dessus... Défense d'en parler, de m'interroger... Je désire même que tu prononces le moins possible le nom de ma femme... Comprends-moi, approuve-moi de temps en temps d'un regard, d'un sourire, quand tu verras que j'ai de la peine... c'est tout ce que je te demande... Je sais ce que je fais... Je sais jusqu'où je peux aller... Dans ces huit jours ma femme et moi nous aurons échangé toutes les paroles, et Dieu sait s'il y en a ! Je pars ; c'est que je sais qu'elle est capable de recevoir le coup;., en tout cas, tout cela, c'est le... reste... et le reste, c'est le silence... Je te le dis encore une fois, mon enfant adorée, je n'éprouverais aucune blessure d'amou^'-propre, je te l'affirme, si tu me disais maintenant le contraire de ce que tu m'as écrit hier encore, dans tout ton