ACTE DEUXIEME
désespoir... si tu me disais... « Je crois, Marcel^ que je pourrai supporter ces deux ou trois ans ne couvent... » (Mouvement de Diane.) C'est que^ vois-tu, ma chérie, je t'aime tant !... Je n'ai pas de plus grande ambition que ton bonheur... il serait horrible, maintenant, de gâcher définitivement l'avenir auquel une merveille comme toi peut encore prétendre.
DIANE, avec véhémence^ se jetant dans ses bras.
Vivre deux ans, peut-être trois, sans toi, séparée de toi, dans un couvent,., non, ça, jamais!... Je ne m'en sentirais pas la force... Je préférerais me tuer..,
ARMAURY
Ne dis donc pas de folies !
DIANE
Mais tu n'imagines pas ce qu'elles seraient ces années-là... Songe donc que jesuisf Elle baisse la voix.} une femine ! une femme !... et que c'est toi qui m'as rendue femme. Puis, séparés pendant trois ans en tout cas et de toutes façons, qu'est-ce que tu deviendrais toi ! car, enfin, il n'y a pas que moi... tu m'oublierais... tu me tromperais... mais si... si... tu m'oublierais, et me vois-tu revenant après mes \ingt et un ans... je ne pourrais plus jeter mes bras à ton cou... tu serais peut-être avec une autre femme...
ARMAURY, riant.
Ma pauvre chérie, si c'est ça qui te préoccupe et te fait peur 1
DIANE
Il n'y a pas que ça, mais c'est une de mes préoccupations, bien sûr. f£'We lui applique la main sur la bouche à son tour.) Tu radotes... il faut en prendre son parti... nous allons être ensemble pour la vie î
:n4 LA VIEKGE FOLLE
ARM AU R Y, se dégageant.
Pour la ^?ie !.,. Mais, mon petit, évalues-tu ce chifïre-là ?... Tu as dix-huit ans... dix-huit ans... 'C'est effrayant !... Certes, je ne suis pas un homme vieux, mais je suis sur le second penchant... je \'ais descendre la côte. Un jour viendra où je te ferai signe d'en bas et tu seras encore dans ton éclat... Alors, si tune me regardes pas avec mépris, peut-être me regarderas-tu avec un immense regret. C'est vertigineux d'envisager comnie nous le faisons en cette minute toute notre vie, d'un €Oup d'oeil !... Que sera-t-elle ? Et tu es là, à apporter ce miracle avec tes deux petites mains offertes et ton sourire tranquille... Dianette, j'ai bien des remords, mais j'ai celui d'avoir quarante ans passés. N'as-tu pas peur ?
Elle lui prend la tête et Vappuie doucement contre sa joue.
DIANE
Enfant !
ARMAURY, radieux.
Ah ! pour im mot comme celui-là quelle folie ne ferait-on pas ? 11 n'y^ a que toi, Dianette ! Alors, paroles vaines ?... c'est décidé ?... Rien à ^aire ? lâchez tout... on part ?
DIANE
On part.
ARMAURY
Dans ce cas, Ketty est bien gentille, mais nous n'allons pas nous priver de la joie de notre premier voyage en auto. Je vais lui faire prendre le train et nous la rejoindrons à une station avant i'arrivée à Dieppe. Ça vt-t-il ?
DIANE
C'est mon avis.