ACTE DEUXIEME
ARMAURY
Qu'est-ce que tu as à me dire ?...
FANNY
Marcel, tu as vu aujourd'hui la petite de Charance.
ARMAURY
Ce n'est pas vrai.
Pourquoi mens-tu ? Je sais que tu l'as vue.
Silence.
ARMAURY
Eb bien, admettons. Il se peut qu'avant de partir pour le couvent cette enfant ait éprouvé le besoia de me dire un adieu définitif. Suppose qu'elle soit venue avec une femme de chambre...
FANNY
Il y a longtemps qu'elle est repartie ?
ARMAURY
Quelques instants.
FANNY, montrant la porte.
Tu mens. Elle est là.
ARMAURY
Jamais de la vie.
FANNY
Marcel, elle est là.
ARMAURY
Si tu épies... tu dois être aussi bien renseignée que moi.
FANNY
Je n'ai pas à épier. Tu vas conpremdre pour-
quoi je suis ici. Tu m'avais juré que tout était fini, que tu ne la re verrais plus. Je te croyais. Ce matin, j'ai reçu une lettre anonyme... Vous devez être vendus, vous devez être trahis, sans doute... Une écriture de domestique. (Elle tire la lettre de sa poche.) « Madame, si VOUS voulez voir « partir votre mari pour l'étranger avec une de- « moiselle, trouvez- vous aujourd'hui, sur les « quatre heures, à son bureau. »
ARM AU R Y, éclatant de rire.
C'est idiot.
FANNY
Marcel, tu allais partir.
ARMAURY, haussant les épaules.
Je ne répondrai même pas. Nous sommes dans l'absurde.
Elle ça à la porte du couloir, Vouvre, et désigne du doigt.
FANNY
Alors qu'est-ce que ces deux valises dans le couloir ? Je ne les reconnais pas.
ARMAURY
Il n'y a aucune raison pour que tu les connaisses. Ce sont des valises qui lui appartiennent. Elle va les reprendre... si tu me laisses deux minutes pour que je la fasse sortir d'ici, sans esclandre, sans même qu'elle soupçonne ta présence. Je crois que c'est ce qu'il y a de mieux, de plus correct. Il se prépare à ouvrir la porte du couloir.
FANNY
Pas si bête, mon petit ! (Il se retourne.) Je l'ai enfermée. Voici la clef.
Elle montre la clef qu'elle dissimulait dans une main»