ACTE DEUXIÈME 8j
Tu Tas enfermée ?
FANNY
Oui. Nous nous sommes vues. Je vions d'entr'ouvrir la porte. Ça m'a suffi. Elle était là, droite^ derrière un rideau. J'ai donné les deux tours de clef...
ARMAURY
Rends-la moi...
FANNY
Allons donc ! Tu n'y penses pas. Je te la rendrai quand je voudrai, comme je voudrai. Comment l j'aurais l'occasion de parler pour la première fois à cette petite et je la laisserais passer ! N'y compte pas ! Il ne te reste plus que deux moyens,., ou m'arracher de force cette clef, ou faire sauter la serrure. Si tu veux avoir recours à ces moyens... (Elle a reculé jusqu'à la table de travail. Elle attend^ craintive. Leurs yeux se fixent avec une expression mauvaise. Il hausse brusquement les épaules et se met à arpenter la pièce.) Marcel, tu allais partir avec elle l La lettre disait vrai.
ARMAURY
Ce n'est pas exact le moins du monde.
FANNY
Il ne faut pas que tu partes !... Il ne faut pas que tu partes !... Ce serait une chose trop épouvantable. Ah ! mon Dieu, moi qui croyais avoir passé par la plus affreuse révélation, tu m'en réservais une plus effroyable encore. I/idée ne m'était même pas venue que ce fût possible et, sans cette lettre, je serais encore chez moi à me torturer du
passé, tandis que toi tu serais là-bas... dans un train... avec elle... parti!...
ARMAURY
Mais non, encore une fois, ta déduction est fausse... Tu te fies à une lettre de domestique... car elle sent l'ofFice à plein nez, cette lettre-là.
FANNY
Marcel, il n'est pas croyable que tu aies mis de l'ordre dans ton esprit. Tu agis dans un coup de folie... un coup de folie, comme les hommes en éprouvent... Tu n'as pas pensé aux conséquences, à tout ce que Paris va dire demain, à tout ce qui te menace... C'est l'effondrement pur et simple de ta situation, de ton honorabilité... Tu n'as plus de parents c'est entendu, mais, moi, j'ai les miens. Tu es responsable vis-à-vis d'eux... tu n'as pas le droit de me faire cela... Ah ! si la vie nous avait donné des enfants, tu ne partirais pas... Je suis seule, tu fais bon marché de moi... Oh ! mais, crois-le bien, je ne m'avoue pas vaincue tout de même... non, non, non, Marcel, tu ne partiias pas... Et c'est moi qui t'en empêcherai !...
ARMAURY
As-tu terminé ?... Je laisse passer ce flux de paroles sans essayer de me défendre... Encore une fois, je t'affirme que tu te trompes... tu fais fausse route.
FANNY
Non, je ne me trompe pas. On peut se tromper sur des témoignages tels qu'une lettre anonyme... un bagage dans un couloir... la présence même de cette fille dans ton chez toi, tout cela n'est que de l'évidence ! Mais ce qui ne trompe pas, c'est ta gêne, ta honte, ta façon de ne pas me regarder,