‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 48 sur 114 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ton envie d'être loin, ta rage d'être bêtement pincé... (La voix s^étrangîe.) Je t'en supplie, je t'en supplie, ne pars pas... Accroche-toi à la pensée de ton seul intérêt...

ARMAURY

Laisse donc mon intérêt de côté, je t'en prie !... Depuis cinq minutes bientôt, tu ne parles que d'intérêt et complètement hors de propos... Estce une scène de ménage que tu me fais ?... Tu serais en droit de me la faire, et pourtant voilà que je n'entends que des mots d'intérêt !... Enfin, est-ce ta raison ou ton amour qui parle ?

FANNY

Ah ! ne pose pas une question pareille... ne pose pas une question pareille ! L'être bouleversé qui te crie : « Reste ! » ne peut pas savoir lui-même où il prend ce cri, si c'est dans sa raison ou dans son amour brisé... Il n'y en a qu'un qui ne devrait pas s'y tromper : c'est celui qui l'entend, et si tu ne le sais pas, malheureux, comment veux-tu que je le sache moi-même ?... Mais ce que je sais bien, par exemple, c'est que j'ai assez de courage pour pouvoir, même dans un pareil moment, m'élever au-dessus de mon propre désastre et ne penser qu'au tien... Ne pars pas, Marcel... Ne vois là ni une prière ni une menace... (Changement brusque dHdée.) D'ailleurs, il va suffire que je lui parle, à cette petite, et elle comprendra très bien d'elle-même... Je suis sûre qu'on ne lui a jamais parlé sensément... Tu vas voir...

ARMAURY, épouvanté.

Fanny, je t'en supplie... Réglons ces questions à nous deux.

Elle se dirige vers la porte, Armaury marche à reculons, comme pour lui barrer le passage.

-go LA VIERGE FOLLE

FANNY

Laisse-moi faire... tu verras... On se fait des mondes des choses les plus simples... il suffît que... {En se dirigeant vers la porte, elle passe près de la fenêtre dans V angle de laquelle Marcel la maintient presque. Elle a une exclamation soudaine.) Marcel, Marcel, VOUS êtes dénoncés de toutes parts !... Quelqu'un vous a trahi !... Vite, regarde qui vient ià... regarde qui traverse la cour... Le frère !

ARMAURY, après avoir jeté un coup d^œil derrière les rideaux.

Pour l'amour de Dieu, donne moi vite cette 'clef, que je la délivre, que je la fasse partir par l'escalier de service.

FANNY

Jamais de la vie !

ARMAURY

Tu refuses ?... Ne serait-ce pas toi, Fanny, qui vient d'avertir les parents, de sa présence ici, car «enfin il n'y a pas de pareilles coïncidences dans la vie... Fanny, réponds-moi.

FANNY, avec un haut-le-corps et une expression de mépris douloureux Faut-il que tu m'aies peu aimée pour m'accuser d'une pareile délation ! Va, je ne suis pas de celles qui trahissent !...

ARMAURY

Eh bien, montre-le... Montre-toi plus généreuse encore... Vite... Tu ne vois donc pas qu'il va se passer quelque chose d'effroyable ici... une -chose sans nom... (Coup de timbre à la porte.) Entends-tu, Fanny ? Entends-tu ?

Elle est acculée au mur^ les }nains derrière le dos.

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