ACTE DEUXIEME
bien, mettez-vous à ma place... ce départ précipité, cette absence réelle de ma sœur juste aujourd'hui... Bref, on en arrive de fil en aiguille, non pas à se demander si les aberrations les plus extravagantes sont possibles, mais à ne pas se reconnaître le droit au moins de rester in actif ; et l'on s'en vient constater, de visu, qu'on a été un simple imbécile, ce que je fais, d'ailleurs, sans la moindre difficulté !
Elle semble réfléchir^ puis lui remet la lettre.
FANNY, d^un ton plus courtois.
Maintenant, seulement, je vous excuse.
GASTON, qui encouragé, se débonde.
C'est la force, d'ailleurs, de ces lettres anonymes, et les gens qui les écrivent savent bien ce qu'ils font. Celle-ci, d'ailleurs, dépasse l'invraisemblance...
FANNY
Elle émane sans doute d'un domestique renvoyé. L'écriture en est d'une vulgarité...
GASTON
P*' Il est certain que parmi nos relations, personne ne pourrait jaser sur les rapports de Monsieur Armaury avec ma sœur. On est trop sûr de sa parfaite correction. Tout indique d'ailleurs quelqu'un du dehors, quelqu'un qui ignore les habitudes de la maison et qui ignore même que le courrier est dépouillé par un secrétaire. La lettre a été jetée quelques heures seulement avant le rendez-vous indiqué, comme si elle avait été écrite subitement, sous le coup d'une nouvelle apprise à la dernière minute. C'est assez malin ! (Fanny approuve, et regarde encore vaguement, complais amment.
ie petit bleu.) Enfin, n'importe, déchirons cette or- "dure.
FAîîNY
Volontiers ! A condition toutefois que vous en mettiez les morceaux dans votre poche, car je ne sais pas si mon mari serait autrement satisfait de connaître la raison de votre visite. Il le prendrait moins gaiement que moi.
Elle rit.
GASTON
Vous pensez bien que ni Monsieur Armaury, ni mon père, ni qui que ce soit autre que vous, n'en aura connu l'existence.
Il déchire la lettre et la met en morceaux dans la poche de son pardessus.
FANNY
Gomment allez-vous expliquer votre visite à mon mari, si vous le voyez ?
GASTON, très haut.
Elle n'avait d'autre but que de l'inviter à aller ohasser chez les de Ligne, à Rambouillet, diman- €he prochain. L'invitation est faite, je me sauve. ; Elle ça le laisser partir, puis se ravise, \
FANNY
Mais non, mais non... Je désire que vous ser-^ riez la main à Marcel. Il en sera enchanté... (Elle va à la porte de droite et Ventr ouvre à nouveau.) Marcel, as-tu fini ! Monsieur de Gbarance est là... Gbarance !... (Elle se retourne en souriant vers Gaston.) Le voici ?
ARMAURY, entrant et simulant le plus vif étonnement.
Tiens ?... bonjour, Gaston. Je croyais que c'était votre père.