ACTE DEUXIEME
FANNY
Qu'est-ce que c'est ?
GASTON
Jurez-moi, par exemple, que vous ne le direz pas à Monsieur Armaury, tellement nous pataugeons dans le grotesque ! Il pourrait, malgré notre camaraderie, m'en vouloir de vous avoir mise au courant.
Je vous écoute.
GASTON
Tout à l'heure, après déjeuner, nous étions seuls, le secrétaire et moi. Avec les plus grands ménagements, il m'a remis une lettre, trouvée dans le courrier qu'il dépouille toujours, une lettre d'un ordre tel qu'il n'osait pas la communiquer à mon père... Il flairait bien, lui aussi, la mystification, mais il s'est cru obligé de m'avertir, et avant tout autre. (Il tire une lettre de sa poche, la tend à Madame Armaury.) Je m'empresse de VOUS dire que je n'ai pas coupé mie seconde dans cette fumisterie d'un goût... (Il la surveille.) n'est-ce pas ?
Elle parcourt, puis se met à rire.
FANNY
Eh bien, c'est gai pour \otre sœur !... Voilà qui est charmant, en effet... un rien, mais délicat. (Elle sHnterrompt, puis avec froideur.) DiteSmoi, l'offense n'est pas seulement dans les termes que contient cette lettre, mais elle paraît aussi dans A^otre présence ici même, et...
GASTON, vivement.
Pas le moins du monde... Je ^^ous prie bien de croire que je n'ai pas pris au sérieux cette ordure...
Monsieur Armaury enlevant ma sœur !... j'avoue que je ne vois pas bien ça...
FANNY, Vinvitant à parler plus bas, montrant du doigt la porte du salon d'attente.
Chut !...
La meilleure preuve du peu de créance que j'ai ajouté à la missive n'est-elle pas dans la simplicité avec laquelle je vous mets au courant ?
FANNY
Je ne vous en remercie même pas.
GASTON
Est-ce un reproche ? Voyons, qu'eussiez-vous fait à ma place ?
FANNY
Mais je crois, je suis sûre que je ne serais même pas venue...
GASTON
C'est ce que je comptais faire, n'était qu'il y a toujours dans la vie des coïncidences bébêtes... ce qui explique d'ailleurs largement les erreurs judiciaires ! Oui, figurez-vous que ma petite sœur est allée faire ses adieux aujourd'hui même aux environs de Paris, à l'abbé Roux... vous savez, notre ancien précepteur ?
FANNY
Oui, oui... Je suis au courant...
GASTON
Vous savez alors que Dianette est souffrante depuis plusieurs jours, et que mes parents, sur le conseil des médecins, ont eu l'idée de l'envoyer faire une cure d'air de quelques semaines... Eh