SCÈNE IV FANNY, GASTON
GASTON, à Fanny tout de suite.
Vous voyez bien que ma présence ne lui a pas
paru anormale...
// se lèçe.
FANNY, brusque.
Rasseyez-vous...
GASTON
Pourquoi ?
FANNY, se mettant à Vangle du bureau
pour tempêcher d^aller à la fenêtre, s il se levait.
Rien d'important. ..Seulement... (Elle hésite^ décontenancée.) quand vous êtes entré, vous m'avez interrompue... Je cherchais dans cet indicateur combien de temps il nous faudra pour aller à Monte- Carlo, exactement... Je suis si maladroite... je n'ai pu, de ma vie, me reconnaître dans les indicateurs de chemin de fer !...
GASTON
Inutile... Je peux très bien vous le dire de mémoire... Monte-Carlo... il faut exactement...
FANNY, insistant pour le faire asseoir.
Oh ! ce n'est pas le temps exact que je vou-
io4 LA VIERGE FOLLE
drais savoir, c'est l'heure d'arrivée à Monte- Carlo, par le train de luxe...
GASTON
Rien de plus simple. (Il s^assied, consulte Vin-
dicateur. Pendant ce temps on voit sur le visage de Fanny
quelle écoute minutieusement ce qui se passe dans la
maison. Gaston feuilletant. Voyons,.. 36 a... Paris...
Paris-Lyon... Voilà... Vous allez vous reposer làbas ou vous allez jouer ?
FANNY
Oui, jouer... C'est une chose passionnante et attrayante que le jeu... Risquer, dans un mouvement, dans un geste, délibérément, parce qu'on le veut, toute une partie de sa vie, de son bonheur ! Ah ! ce sont des minutes effrayantes...
GASTON
Voilà... Midi... deux heures, Cannes... Vous jouez donc si gros jeu que cela ?... Cannes... Nice.
FANNY
Un jeu terrible !... Cela ne vous est pas arrivé, à vous, de mettre, sur une minute, une demiminute, tout votre capital de bonheur, et de le faire, instincti\ement, comme cela, du bout du bras, comme si on jetait une cigarette... Et voilà.. la partie est engagée, toute votre vie va dépendre peut-être de cette minute-là...
GASTON
Monte-Carlo... six heures... Six heures dix. (Il se lève en souriant.) Mais, dites-moi... vous ferez bien de ne pas aller là-bas, car vous m'avez l'air de garder au jeu des rancunes !... vous avez encore dans la voix le petit frisson qui en dit long... la peur de perdre.
Il fait le mouvement de se lever»