LE GARÇON
Parfaitement, Armaury... C'est tout, Monsieur ?
C'est tout.
Il reste seul avec son secrétaire^
LE SECRÉTAIRE
N'y a-t-il pas quelque crânerie de votre part, mon cher maître, à avoir accepté ce rendez-vous à Greenwich ? En somme, pourquoi ne Fa-t-on pas demandé ou fixé à l'intérieur de Londres ?
ARMAURY
J'ai été forcé d'accepter ce rendez-vous, j'y ai été moralement obligé, je vous assure. Mon ami, si je vous ai fait venir de Paris, vous pensez bien que ce n'est pas seulement pour vous confier quelques notes sur nos travaux en suspens à Paris... Si lourde qu'en soit pour vous la charge, nous avions tout le temps !... Maintenant que nous avons franchi le seuil de cet hôtel, et que nous ne pouvons plus reculer, maintenant que vous ne pou\?ez plus faire d'objections, ni même, au cas où vous l'auriez cru bon, avertir ma chère Dianette, je peux enfin vous parler à cœur ouvert...
LE SECRÉTAIRE
Comment, vous supposiez que je vous trahirais ? que je parlerais à Mademoiselle de Charance ?
ARMAURY
Ah ! c'est que j'ai été à dure école !... Si nous avons été pourchassés, rejoints, et si nous avons eu un mal du diable à nous échapper de Paris l'autre jour, c'est à cause de l'indiscrétion d'une femme de chambre, en qui nous 'avions .pleine
confiance. Un amoureux guettait ! Malgré toutes ses promesses de silence, cette fille avait averti son amant de notre fuite ; l'homme a voulu s'opposer au départ de sa maîtresse, et il a tenté le coup des lettres anonymes pour faire échouer la combinaison. Il y a presque réussi.,. C'a été effrayant !... Quelles transes nous avons éprouvées ! Enfin, depuis cette évasion à demi ratée, je suis devenu défiant et plein d'anxiété... Pardonnez-moi, j'aimais mieux être arrivé à l'endroit même où a été fixé ce rendez-vous pour vous en donner le vrai motif... j'ai eu tant de peine à le cacher à Dianette !... Asseyez-vous là... Je ne pouvais pas refuser, et savez-vous pourquoi ?... Parce que, hier, j'ai déclaré à deux témoins, que m'avait envoyés Gaston de Gharance au Savoy-Hôtel, que je ne me battrais pas.
LE SECRÉTAIRE
Comment, deux témoins !... Il vous a provoqué ?... et sur ce territoire étranger ?
ARMAURY
Et j'ai refusé de me battre.
LE SECRÉTAIRE
Vous avez bien fait...
ARMAURY
Oh ! c'est vite dit... Je ne peux pas me battre, en effet, je ne le peux pas à cause de cette enfant que j'adore au delà de tous les termes que je pourrais employer pour vous l'exprimer... Je ne veux pas de ce drame de famille, et je ne veux pas non plus être tué, c'est bien simple... Elle a besoin de ma vie, il m'est interdit de l'exposer actuellement. Mais cette lâcheté apparente qui est, au fond, une forme d'énergie, c'est dur, vous sevez,