‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 64 sur 114 · ACTE TROISIEME ii · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME ii

à commettre ! J'ai donc refusé de me battre, et j'en ai donné loyalement la raison. Maintenant, on me demande un rendez-vous, on exige de moi une explication ! Mon premier mouvement était de la refuser aussi ; le second, le bon, a été de l'accepter... A fuir toujours, devant tout, je passerais à juste droit pour vil.

LE SECRÉTAIRE

Mais, les termes de la lettre qu'on \ous a remise sont si \'£gues, si ambigus que vous ne savez même pas qui va se présenter à vous. Je trouve cela d'une témérité folle !... J'ignorais qu'on fût venu ici vous provoquer! .. Si je l'avais su, je vous aurais dissuadé d'accepter ce rendez-vous soi-disant pacifique. Je ne crois pas à un guetapens, certes, mais qui allez-vous trouver devant vous ?

ARMAURY

Mon ami, toutes les hypothèses sont possibles.. Le frère, le père, les deux ensemble... un des témoins peut-être ! Je les ai toutes envisagées, ces hypothèses, toutes, même les plus dangereuses.

LE SECRÉTAIRE

Mon cher maître, il faut prévoir...

ARMAURY

C'est mon avis, et c'est pourquoi j'ai deux lettres à vous remettre...

LE SECRÉTAIRE

Comment cela ?

ARMAURY

Les voici, et ne discutez plus... Je m'empresse de vous dire que je ne crois pas le moins du monde à une explication dramatique ; quel que soit mon

ii4 LA VIERGE FOLLE

interlocuteur, et je pense que ce sera le frère luimême, il ne se portera à aucune extrémité. La franchise de mon attitude présente, je l'espère, et la hâte que j'ai de justifier mon acte, par des paroles décisives et ardentes, tout cela les apaisera ! Néanmoins, il faut prévoir, comme vous dites... Ecoutez... s'il arrivait un malheur, si la colère armait le bras d'un homme... voici une lettre pour Dianette... Vous la lui remettriez avec les ménagements les plus grands... Non, non, ne dites pas un mot, mon cher ami... laissez-n;oi poursuivre... L'autre est adressée à mon notaire... Voas la lui remettriez plus tard.

LE SECRÉTAIRE

Monsieur Armaury, je n'aurai pas de si funèbre commission à faire, et c'est, tout à l'heure, au Savoy, à vous-même, que je remettrai les deux plis. Nous aurons un singulier plaisir à les brûler dans un bon feu de bois... Tenez !...

La porte de droite s'ouvre. Vahbé Roux entre.

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