ACTE TROISIEME
subir, comme je le veux, les rigueurs de ma conscience. Périsse cette enfant plutôt que le principe ! Non, non, croyez-en ma compétence, je me suis penché sur les codes... La société n'a pas trouvé la solution de l'amour.
Non, c'est la religion...
ARMAURY
Pas plus la religion, car elle a mis le péché à la base de l'amour, et c'est là une faute impardonnable et dont les conséquences ont été incalculables. C'est à cause d'elle que nous ne nous comprenons pas en ce moment, ni l'un ni l'autre, et que vous me faites une lâcheté de ce que j'appelle mon courage...
l'abbé
Courage facile, qui accumule des désastres et des ruines. C'est le courage du moindre effort...
ARMAURY
Quelle erreur !... Je vais où je dois aller... du côté des plus grandes ruines. Monsieur l'abbé. Vous venez me parler ici d'autres ruines, celles, dites-vous, de cette famille éplorée... Eh bien, elles ne sont que des ruines d'amour-prjpre, des atteintes à des conventions respectables, mais qui n'atteignent aucun bonheur vivace. Ces genslà seront très affectés, je vous l'accorde, mais ils ne perdront leur fille que s'ils le veulent bien... Ils n'éprouveront que des blessures mentales, et il ne tiendrait qu'à eux de les dominer... Cette douleur-là n'est rien, rien, en comparaison de celle qu'éprouverait cette pauvre eafant si je l'abandonnais. Je vous le dis, il faut que j'aille du côté des plus grandes ruines...
i-i-i LA ViERGK FOLLE
l'abbé, qui se contient difficilement depuis quelques instants.
Des plus grandes ? ... J'ai promis que je ne prononcerais pas le nom de Madame Armaury...
Silence. — Armaury s^assied tristement, devant l'évocation du nom qui a résonné ; sa parole est changée.
ARMAURY
Oui, ma pauvre femme, Monsieur l'abbé, ma pauvre femme 1... Voilà le seul désastre ; il est immense, et l'amour a aussi une puissance destructive qui est bien son côté le plus misérable. Ah ! la malheureuse ! Ce qui est vrai pour un ^mour est aussi vrai pour l'autre. Les deux foyers sont en balance ! Et quel calcul affreux, que de s'en remettre à la décision du plateau qui penche le plus (Avec effort.). Permettez-moi de vous dire, pourtant, que je suis le seul en mesure de pouvoir estimer le degré des deux catastrophes entre lesquelles j'ai le choix... Je connais ma femme, <c'est une courageuse, c'est une énergique...
l'abbé Oh!
ARMAURY
Je ne spécule pas là-dessus, croyez-le bien, ce serait ignoble I Je constate, je compare les deux désastres : ma femme souffrira... mais ma femme vivra! Tandis que l'autre, avec son amour neuf,pas secouru, son amour qui ignore tout de la vie, son amour qui commence I... Oh ! c'est effroyable, un amour qui commence... Non... Mes vrais devoirs actuels sont du côté de ce foyer~là. (Il frappe résolument du poing sur la table, comme s^U revivait une dernière fois sa détermination.) VouS ne le
croyez pas, naturellement, libre à vous, €'est